{"id":4889,"date":"2015-05-07T09:01:44","date_gmt":"2015-05-07T09:01:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/?page_id=4889"},"modified":"2017-02-14T13:38:20","modified_gmt":"2017-02-14T13:38:20","slug":"une-reflexion-sur-lactualite-de-la-pensee-et-de-laction-de-jean-monnet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/une-reflexion-sur-lactualite-de-la-pensee-et-de-laction-de-jean-monnet\/","title":{"rendered":"Une r\u00e9flexion sur l&#8217;actualit\u00e9 de la pens\u00e9e et de l&#8217;action de Jean Monnet"},"content":{"rendered":"<div>\n\tGilles Grin\n<\/div>\n<div>\n\tVice-directeur de la Fondation Jean Monnet pour l&#39;Europe, Lausanne<br \/>\n\tCharg&eacute; de cours &agrave; l&#39;Institut d&#39;&eacute;tudes politiques et internationales de l&#39;Universit&eacute; de Lausanne\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"color:#CF1930; text-align: right;\">\n\t<strong>apiers d&#39;actualit&eacute;<br \/>\n\tFondation Pierre du Bois<br \/>\n\tSeptembre 2009, No 7&nbsp;<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"color:#CF1930;\">\n\tLire sur papier, imprimer ou archiver : <a href=\"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/actu07_sept09.pdf\" target=\"_blank\">t&eacute;l&eacute;charger le fichier PDF<\/a>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tIl y a trente ans, le 16 mars 1979, Jean Monnet disparaissait. Sa pens&eacute;e et son action demeurent pourtant plus actuelles que jamais.\n<\/p>\n<p>\n\tL&#39;engagement de Jean Monnet dans les affaires du monde d&eacute;bute en 1914, alors qu&#39;il n&#39;a que 26 ans. Par la m&eacute;canique impitoyable des alliances, son pays, la France, se retrouve en guerre. R&eacute;form&eacute; pour des raisons de sant&eacute;, Jean Monnet n&#39;en d&eacute;cide pas moins de contribuer &agrave; sa fa&ccedil;on &agrave; l&#39;effort de guerre de son pays. Il obtient de rencontrer le pr&eacute;sident du Conseil Ren&eacute; Viviani et lui propose que la France et l&#39;Angleterre coordonnent leur effort de guerre. Jean Monnet, lucide et pragmatique, constate en effet que les deux pays gaspillent leurs ressources et dispersent leurs forces. Comment un jeune homme issu d&#39;une famille de producteurs n&eacute;gociants en cognac et sans formation militaire peut-il &ecirc;tre aussi impudent, se demandent certains hauts responsables ? Malgr&eacute; les r&eacute;sistances, le message de Monnet est entendu et ce dernier est envoy&eacute; en Angleterre afin d&#39;&oelig;uvrer &agrave; la coordination des approvisionnements franco-britannique s et &agrave; la cr&eacute;ation d&#39;un pool des transports.\n<\/p>\n<p>\n\t1919 : la guerre est finie depuis pr&egrave;s d&#39;une ann&eacute;e et les Alli&eacute;s imposent &agrave; l&#39;Allemagne la paix de Versailles. Jean Monnet quant &agrave; lui fait son entr&eacute;e sur la sc&egrave;ne internationale en devenant secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral adjoint de la Soci&eacute;t&eacute; des Nations nouvellement cr&eacute;&eacute;e. Constatant les blocages inh&eacute;rents &agrave; l&#39;existence de droits de veto nationaux, il en tirera des le&ccedil;ons fort utiles pour la suite de son engagement. En 1923, il retourne &agrave; l&#39;&eacute;conomie priv&eacute;e, tout d&#39;abord en reprenant l&#39;affaire familiale &agrave; Cognac, puis il devient un banquier international, impliqu&eacute; dans les efforts de stabilisation mon&eacute;taire de l&#39;Autriche, de la Pologne et de la Roumanie. Il est aussi actif en Chine dans la r&eacute;organisation des chemins de fer.\n<\/p>\n<p>\n\t1939 marque le d&eacute;but de la Seconde Guerre mondiale en Europe. A la veille de l&#39;effondrement fran&ccedil;ais de 1940, Monnet fait &agrave; Churchill, qui l&#39;accepte, la proposition la plus audacieuse de sa vie : que, dans les circonstances exceptionnelles du moment, la France et le Royaume-Uni ne forment plus qu&#39;une nation, ne conservant qu&#39;un seul parlement, un seul cabinet, une seule citoyennet&eacute;, une seule d&eacute;fense et une seule monnaie. La demande fran&ccedil;aise d&#39;armistice &agrave; l&#39;Allemagne par le mar&eacute;chal P&eacute;tain emp&ecirc;che ce sc&eacute;nario d&#39;avoir une chance de voir le jour. Comme 25 ans auparavant, Jean Monnet s&#39;investit dans l&#39;effort de guerre de son pays, mais cette fois depuis Londres, Washington et Alger. Il pr&eacute;side le comit&eacute; franco-britannique de coordination &eacute;conomique puis, apr&egrave;s la chute de la France, devient membre du conseil britannique d&#39;approvisionnement aux Etats-Unis. Il met sur pied et propose au pr&eacute;sident Franklin D. Roosevelt le &laquo; Victory Program &raquo;. Apr&egrave;s la lib&eacute;ration de l&#39;Afrique du Nord, il fait son entr&eacute;e dans le comit&eacute; de lib&eacute;ration nationale &agrave; Alger. Selon l&#39;&eacute;conomiste John Maynard Keynes, l&#39;action de Monnet durant la Seconde Guerre mondiale aurait &agrave; elle seule permis d&#39;&eacute;courter la dur&eacute;e du conflit d&#39;un an.\n<\/p>\n<p>\n\tEn 1945, l&#39;&eacute;conomie fran&ccedil;aise est exsangue, ayant souffert non seulement de la guerre mais aussi de la grande crise des ann&eacute;es 1930. Volontariste, Jean Monnet propose le plan qui portera son nom et devient le premier commissaire g&eacute;n&eacute;ral du plan, charg&eacute; de la reconstruction et de la modernisation de l&#39;&eacute;conomie fran&ccedil;aise. Sa d&eacute;marche consiste &agrave; faire asseoir autour d&#39;une m&ecirc;me table les repr&eacute;sentants de l&#39;Etat, des syndicats et du patronat et &agrave; faire &eacute;merger l&#39;int&eacute;r&ecirc;t commun au moyen d&#39;une planification indicative de l&#39;&eacute;conomie. Les r&eacute;flexions de Jean Monnet, qui datent de la p&eacute;riode de la guerre, se pr&eacute;cisent et s&#39;affinent. Il comprend bien que la recherche de la paix et de la prosp&eacute;rit&eacute; ne saurait se cantonner &agrave; une action purement hexagonale. Si la France et ses voisins devaient en revenir &agrave; des pratiques protectionnistes et autarciques dans le monde nouveau de l&#39;apr&egrave;s-guerre, les plus grands dangers seraient au rendez-vous. Il s&#39;agit de ne plus commettre les erreurs de 1919, lorsque les Alli&eacute;s ont perdu la paix apr&egrave;s avoir gagn&eacute; la guerre.\n<\/p>\n<p>\n\tSentant la situation devenir tr&egrave;s dangereuse au printemps 1950, Jean Monnet &eacute;labore avec quelques collaborateurs, en moins d&#39;un mois, neuf versions successives d&#39;un projet qui va r&eacute;volutionner le futur de l&#39;Europe. Le projet d&eacute;finitif porte la date du 6 mai 1950 et est officiellement rendu public le 9 mai par le ministre des affaires &eacute;trang&egrave;res Robert Schuman. La D&eacute;claration du 9 mai 1950 postule : &laquo; L&#39;Europe ne se fera pas d&#39;un coup, ni dans une construction d&#39;ensemble : elle se fera par des r&eacute;alisations concr&egrave;tes cr&eacute;ant d&#39;abord une solidarit&eacute; de fait. Le rassemblement des nations europ&eacute;ennes exige que l&#39;opposition s&eacute;culaire de la France et de l&#39;Allemagne soit &eacute;limin&eacute;e : l&#39;action entreprise doit toucher au premier chef la France et l&#39;Allemagne. &raquo; Puis vient la proposition : &laquo; Le Gouvernement Fran&ccedil;ais propose de placer l&#39;ensemble de la production franco-allemande de charbon et d&#39;acier, sous une Haute Autorit&eacute; commune, dans une organisation ouverte &agrave; la participation des autres pays d&#39;Europe. &raquo; Cette proposition r&eacute;volutionnaire vise &agrave; placer les secteurs strat&eacute;giques du charbon et de l&#39;acier, qui se trouvent au c&oelig;ur de l&#39;effort de guerre des pays, sous une organisation commune avec des institutions et des r&egrave;gles communes. C&#39;est une main tendue &agrave; l&#39;Allemagne f&eacute;d&eacute;rale, avec la volont&eacute; d&#39;en finir avec l&#39;esprit de sup&eacute;riorit&eacute; et de domination des nations qui a d&eacute;j&agrave; maintes fois conduit l&#39;Europe dans l&#39;ab&icirc;me. La D&eacute;claration du 9 mai 1950 conduit l&#39;ann&eacute;e suivante au trait&eacute; de Paris cr&eacute;ant la premi&egrave;re Communaut&eacute; europ&eacute;enne, la CECA (Communaut&eacute; europ&eacute;enne du charbon et de l&#39;acier). Jean Monnet est de 1952 &agrave; 1955 le premier pr&eacute;sident de la Haute Autorit&eacute; de la CECA.\n<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s l&#39;&eacute;chec du projet de Communaut&eacute; europ&eacute;enne de d&eacute;fense en 1954, Jean Monnet est amen&eacute; &agrave; repenser son r&ocirc;le. Il d&eacute;cide de quitter ses fonctions officielles afin de mieux &oelig;uvrer de l&#39;ext&eacute;rieur &agrave; la relance europ&eacute;enne qu&#39;il appelle de ses v&oelig;ux. Il cr&eacute;e en 1955 une institution de conception unique, le Comit&eacute; d&#39;action pour les Etats-Unis d&#39;Europe. Reconnaissant qu&#39;une simple coop&eacute;ration intergouvernementale entre les pays n&#39;est pas suffisante, le Comit&eacute; d&#39;action s&#39;assigne la t&acirc;che de voir aboutir la r&eacute;solution de Messine et de promouvoir lorsque cela est n&eacute;cessaire des d&eacute;l&eacute;gations de souverainet&eacute; dans le but de parvenir un jour aux Etats-Unis d&#39;Europe. Les principaux partis politiques et syndicats non communistes des Six de l&#39;&eacute;poque (France, Allemagne f&eacute;d&eacute;rale, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) r&eacute;pondent &agrave; l&#39;invitation de Jean Monnet de joindre la nouvelle institution. Celui-ci comprend en effet clairement que, seul, sa capacit&eacute; d&#39;action serait bien vite limit&eacute;e. En f&eacute;d&eacute;rant par contre les partis et les syndicats repr&eacute;sentant le c&oelig;ur du monde politique et de la soci&eacute;t&eacute; civile afin de rechercher des consensus permettant la poursuite du processus d&#39;union des Europ&eacute;ens, Jean Monnet pense pouvoir &oelig;uvrer utilement au combat qui est le sien : &eacute;galit&eacute; entre les pays sans esprit de sup&eacute;riorit&eacute; ou de domination, recherche de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t commun par des institutions et des r&egrave;gles communes, paix en Europe et dans le monde, prosp&eacute;rit&eacute; par la constitution de plus grands ensembles &eacute;conomiques et progr&egrave;s social. Durant ses vingt ans d&#39;existence (1955-1975), le Comit&eacute; d&#39;action &oelig;uvre notamment &agrave; l&#39;adoption et &agrave; la mise en &oelig;uvre des trait&eacute;s de Rome, au d&eacute;veloppement des politiques communes, &agrave; l&#39;int&eacute;gration mon&eacute;taire en Europe, aux r&eacute;formes institutionnelles visant &agrave; rendre les Communaut&eacute;s europ&eacute;ennes plus efficaces et plus d&eacute;mocratiques, &agrave; l&#39;adh&eacute;sion du Royaume-Uni et &agrave; l&#39;&eacute;tablissement d&#39;une relation de partenaires &eacute;gaux entre l&#39;Europe et les Etats-Unis. En r&eacute;action &agrave; la crise de janvier 1963 faisant suite au veto du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle &agrave; l&#39;adh&eacute;sion britannique aux Communaut&eacute;s, Jean Monnet et le Comit&eacute; d&#39;action d&eacute;veloppent une vision int&eacute;gr&eacute;e de ce que devrait &ecirc;tre la place de l&#39;Europe dans le monde. Ils promeuvent des id&eacute;es comme la n&eacute;cessit&eacute; d&#39;une r&eacute;unification allemande dans le cadre de la Communaut&eacute; europ&eacute;enne ou celle de d&eacute;velopper une politique &eacute;trang&egrave;re et de d&eacute;fense appliquant la m&eacute;thode communautaire et permettant &agrave; l&#39;Europe de s&#39;exprimer d&#39;une seule voix dans le monde. En 1976, apr&egrave;s son retrait de la vie publique, Jean Monnet se voit conf&eacute;rer le titre de &laquo; citoyen d&#39;honneur de l&#39;Europe &raquo; par le Conseil europ&eacute;en. Ses cendres sont transf&eacute;r&eacute;es au Panth&eacute;on en 1988.\n<\/p>\n<p>\n\tLe fait que Jean Monnet poursuive les buts essentiels et intemporels que sont l&#39;union des hommes, la paix et la prosp&eacute;rit&eacute; rend sa pens&eacute;e et son action compl&egrave;tement actuelles. Dans notre condition humaine, ces buts demeurent fragiles et ne devraient jamais &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme d&eacute;finitivement acquis. Au c&oelig;ur de la pens&eacute;e de Jean Monnet se trouve la notion de civilisation. Dans le temps long de l&#39;histoire, les Etats se sont d&eacute;velopp&eacute;s, certains sont devenus Etats de droit. Pour Jean Monnet, au moment historique qui est le sien et que nous partageons, il s&#39;agit d&#39;aller plus loin et de cr&eacute;er des r&egrave;gles entre les Etats afin de mettre en place des communaut&eacute;s de droit dirig&eacute;es par des institutions communes, permettant d&#39;accumuler et de transmettre la sagesse collective que les &eacute;ph&eacute;m&egrave;res vies individuelles ne sauraient autrement conserver. La recherche de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t commun peut ainsi &ecirc;tre entreprise gr&acirc;ce &agrave; ce que les Europ&eacute;ens ont appel&eacute; la m&eacute;thode communautaire.\n<\/p>\n<p>\n\tIl est important de se rappeler que pour Jean Monnet la construction europ&eacute;enne n&#39;est pas une fin en soi mais un processus de transformation. Il conclut ainsi ses M&eacute;moires : &laquo; Les nations souveraines du pass&eacute; ne sont plus le cadre o&ugrave; peuvent se r&eacute;soudre les probl&egrave;mes du pr&eacute;sent. Et la Communaut&eacute; elle-m&ecirc;me n&#39;est qu&#39;une &eacute;tape vers les formes d&#39;organisation du monde de demain. &raquo; Pour Jean Monnet, la construction d&#39;une Europe unie ne doit pas viser &agrave; r&eacute;tablir une grande puissance europ&eacute;enne bas&eacute;e sur le mod&egrave;le de celles des si&egrave;cles pr&eacute;c&eacute;dents, mais &agrave; contribuer &agrave; cr&eacute;er un monde plus harmonieux.\n<\/p>\n<p>\n\tLa souverainet&eacute; nationale est une question essentielle. Pour Jean Monnet, l&#39;&eacute;galit&eacute; entre les hommes et entre les nations est une condition n&eacute;cessaire &agrave; la paix. Autrement dit, il s&#39;oppose &agrave; tout esprit de domination d&#39;un pays sur un autre. Son exp&eacute;rience de la collaboration interalli&eacute;e au temps de la guerre et &agrave; l&#39;&eacute;poque de la Soci&eacute;t&eacute; des Nations a forg&eacute; sa vision des choses : les pays doivent consentir &agrave; des d&eacute;l&eacute;gations de souverainet&eacute; lorsque cela est n&eacute;cessaire. En m&ecirc;me temps, comme ses notes de r&eacute;flexion l&#39;attestent, il est tout le contraire d&#39;un centralisateur intransigeant. Ce d&eacute;bat sur le bien-fond&eacute; pour les Etats d&#39;accepter ou non de se lier par des r&egrave;gles et des institutions sup&eacute;rieures reste plus actuel que jamais. Les institutions fond&eacute;es sur l&#39;int&eacute;gration sont-elles n&eacute;cessairement meilleures que celles relevant de la simple coop&eacute;ration ? Les r&eacute;alit&eacute;s &eacute;tant complexes, la r&eacute;ponse d&eacute;pend bien entendu des domaines, ce d&#39;autant plus que parfois l&#39;application de la m&eacute;thode intergouvernementale peut constituer un tremplin vers une dimension plus supranationale, comme en atteste le d&eacute;veloppement des questions de justice et affaires int&eacute;rieures dans l&#39;Union europ&eacute;enne. La pens&eacute;e et l&#39;action de Jean Monnet, qui sont indissociablement li&eacute;es, fournissent un &eacute;clairage sur une nouvelle vision de la souverainet&eacute; des Etats, &agrave; savoir la souverainet&eacute; partag&eacute;e par laquelle des Etats qui, seuls, seraient devenus impuissants peuvent regagner collectivement une influence gr&acirc;ce &agrave; une action commune.\n<\/p>\n<p>\n\tL&#39;approche pr&eacute;conis&eacute;e par Jean Monnet d&#39;une int&eacute;gration entre des Etats sur une base volontaire et progressive fait de l&#39;Union europ&eacute;enne une exp&eacute;rience historique unique. Nous sommes bien loin d&#39;une int&eacute;gration coercitive o&ugrave; la majorit&eacute; imposerait son fait &agrave; la minorit&eacute;, ou d&#39;un syst&egrave;me de relations internationales dans lequel une puissance aurait des pr&eacute;tentions h&eacute;g&eacute;moniques, ou encore d&#39;un &eacute;quilibre des pouvoirs entre pays o&ugrave; ces derniers n&#39;auraient que des int&eacute;r&ecirc;ts permanents et non des amis permanents, pour reprendre les termes de Lord Palmerston, avec &agrave; la cl&eacute; des retournements constants d&#39;alliances.\n<\/p>\n<p>\n\tL&#39;importance qu&#39;attache Jean Monnet aux formes d&#39;institutionnalisation tourn&eacute;es vers la poursuite de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t commun, que ce soit dans les domaines de la politique ou de l&#39;&eacute;conomie, et son souci d&#39;&oelig;uvrer au progr&egrave;s social restent &eacute;minemment actuels.\n<\/p>\n<p>\n\tSur la base de ses convictions et avec un d&eacute;sint&eacute;ressement personnel total, Jean Monnet est un b&acirc;tisseur d&#39;institutions au service de l&#39;union des Europ&eacute;ens et d&#39;une certaine id&eacute;e du monde. Il con&ccedil;oit des institutions officielles, priv&eacute;es ou bien encore d&#39;un type <em>sui generis<\/em> comme l&#39;est le Comit&eacute; d&#39;action pour les Etats-Unis d&#39;Europe. Il est clair qu&#39;aujourd&#39;hui personne ne pourrait plus rassembler les principaux partis politiques et syndicats ouvriers des 27. Au demeurant, les partis et syndicats n&#39;exercent plus maintenant le m&ecirc;me r&ocirc;le que dans l&#39;Europe des ann&eacute;es 1950 et 1960, et de nouvelles institutions communautaires se sont d&eacute;velopp&eacute;es, promues d&#39;ailleurs elles-m&ecirc;mes par Jean Monnet et le Comit&eacute; d&#39;action, que l&#39;on songe au Parlement europ&eacute;en qui a vu son mode d&#39;&eacute;lection passer au suffrage universel et qui a gagn&eacute; en comp&eacute;tences, ou bien au Conseil europ&eacute;en dont le r&ocirc;le s&#39;est affirm&eacute; comme fournissant les grandes impulsions &agrave; la construction europ&eacute;enne.\n<\/p>\n<p>\n\tLa vision globale de la paix et de la s&eacute;curit&eacute; d&eacute;velopp&eacute;e par Jean Monnet et le Comit&eacute; d&#39;action &agrave; partir de la fin des ann&eacute;es 1950 tient compte du contexte de la guerre froide. On y trouve toutefois l&#39;affirmation proph&eacute;tique qu&#39;une r&eacute;unification allemande devrait avoir lieu dans le cadre de la Communaut&eacute; europ&eacute;enne. Plusieurs autres &eacute;l&eacute;ments fondamentaux gardent une actualit&eacute; intacte dans notre monde du d&eacute;but du 21e si&egrave;cle : l&#39;Europe doit pouvoir parler d&#39;une seule voix sur les grands enjeux mondiaux ; elle doit appliquer la m&eacute;thode communautaire qui a fait son succ&egrave;s dans l&#39;int&eacute;gration &eacute;conomique aux questions de politique &eacute;trang&egrave;re et de d&eacute;fense ; des relations de partenaires &eacute;gaux entre l&#39;Europe et les Etats-Unis sont n&eacute;cessaires.\n<\/p>\n<p>\n\tL&#39;exp&eacute;rience contemporaine d&#39;int&eacute;gration europ&eacute;enne, unique dans l&#39;histoire tourment&eacute;e du continent bien que non achev&eacute;e et &agrave; laquelle a si puissamment contribu&eacute; Jean Monnet, suscite beaucoup d&#39;int&eacute;r&ecirc;t aussi en Asie, en Am&eacute;rique et en Afrique, cela tant par son potentiel de r&eacute;solution de conflits que par celui de la mise en place d&#39;organisations r&eacute;gionales. En outre, face aux immenses d&eacute;fis globaux qui attendent l&#39;humanit&eacute;, une exp&eacute;rience qui a produit 60 ans de paix et de prosp&eacute;rit&eacute; sur un continent autrefois ravag&eacute; par tant de calamit&eacute;s ne pourrait-elle pas offrir des rep&egrave;res utiles pour la gouvernance mondiale ?\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\tLausanne, septembre 2009\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Bibliographie sommaire<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tBOSSUAT G&eacute;rard, WILKENS Andreas (dir.), <em>Jean Monnet, l&#39;Europe et les chemins de la Paix<\/em>, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999.\n<\/p>\n<p>\n\tDUCHENE Fran&ccedil;ois, <em>Jean Monnet: The First Statesman of Interdependence<\/em>, New York, London, W. W. Norton &amp; Company, 1994.\n<\/p>\n<p>\n\tFONTAINE Pascal, <em>Le Comit&eacute; d&#39;action pour les Etats-Unis d&#39;Europe de Jean Monnet<\/em>, Lausanne, Centre de recherches europ&eacute;ennes, 1974.\n<\/p>\n<p>\n\tGRIN Gilles, &laquo; Jean Monnet, le Comit&eacute; d&#39;action pour les Etats-Unis d&#39;Europe et la gen&egrave;se des trait&eacute;s de Rome &raquo;, <em>Relations internationales<\/em>, Paris, no 136, hiver 2008, pp. 21-32.\n<\/p>\n<p>\n\tGRIN Gilles, &laquo; Jean Monnet et les crises europ&eacute;ennes &raquo;, dans : <em>Construction europ&eacute;enne : crises et relances. Actes du colloque organis&eacute; par la Fondation Jean Monnet pour l&#39;Europe, Lausanne, 18 et 19 avril 2008<\/em>, Lausanne, Fondation Jean Monnet pour l&#39;Europe, Paris, Economica, 2009, pp. 27-45.\n<\/p>\n<p>\n\tMONNET Jean, <em>M&eacute;moires<\/em>, Paris, Fayard, 1976.\n<\/p>\n<p>\n\tROUSSEL Eric, <em>Jean Monnet : 1888-1979<\/em>, Paris, Fayard, 1995.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<a>Disclaimer: The views expressed in this paper are those of the author alone and do not necessarily reflect the opinion of the Foundation.<\/a>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<span style=\"font-size:12px;\"><em>Mise &agrave; jour le Mercredi, 24 Mars 2010 12:01 <\/em><\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"excerpt\">Gilles Grin Vice-directeur de la Fondation Jean Monnet pour l&#39;Europe, Lausanne Charg&eacute; de cours &agrave; l&#39;Institut d&#39;&eacute;tudes politiques et internationales de l&#39;Universit&eacute; de Lausanne &nbsp; apiers d&#39;actualit&eacute; Fondation Pierre du Bois Septembre 2009, No 7&nbsp; &nbsp; Lire sur papier, imprimer ou archiver : t&eacute;l&eacute;charger le fichier PDF &nbsp; Il y a trente ans, le 16 mars 1979, Jean Monnet disparaissait.&hellip; <a href=\"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/une-reflexion-sur-lactualite-de-la-pensee-et-de-laction-de-jean-monnet\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":46,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4889","page","type-page","status-publish","hentry","xfolkentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4889","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4889"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4889\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8511,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4889\/revisions\/8511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4889"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}