{"id":4846,"date":"2015-05-07T08:16:28","date_gmt":"2015-05-07T08:16:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/?page_id=4846"},"modified":"2017-02-13T12:18:27","modified_gmt":"2017-02-13T12:18:27","slug":"les-crises-de-la-construction-europeenne-mythes-et-realites","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/les-crises-de-la-construction-europeenne-mythes-et-realites\/","title":{"rendered":"Les crises de la construction europ\u00e9enne : mythes et r\u00e9alit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: left;\">\n\tGilles Grin\n<\/div>\n<p>\n\t<span style=\"color:#646464;\"><span lang=\"FR\">Fondation Jean Monnet pour l&rsquo;Europe et Universit&eacute; de Lausanne<\/span><\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<span style=\"color:#CF1930;\"><span class=\"rouge\"><strong>P<\/strong><\/span><span class=\"rouge\"><strong>apiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective<br \/>\n\tFondation Pierre du Bois<br \/>\n\tMarch 2011, No 4\/ 2011<\/strong><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"para-a-la-ligne\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"para-a-la-ligne\">\n\t<span class=\"rouge\"><span style=\"color:#CF1930;\">Read, save or print the <\/span><a href=\"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/no4_2011_crise_europenne.pdf\" target=\"_blank\"><span style=\"color:#CF1930;\">pdf<\/span><\/a><span style=\"color:#CF1930;\"> version of this article.<\/span><\/span>\n<\/p>\n<p>\n\tIl est l&eacute;gitime de se demander si l&rsquo;Union europ&eacute;enne est vraiment en crise. A la lecture de nombreuses sources d&rsquo;information qui s&rsquo;&eacute;talent devant nos yeux, on est tent&eacute; de r&eacute;pondre par l&rsquo;affirmative. Par ailleurs, une &eacute;tude historique des d&eacute;veloppements de la construction europ&eacute;enne depuis maintenant plus de 60 ans semble d&eacute;gager une succession de crises, souvent accompagn&eacute;es par des relances. L&rsquo;historien et l&rsquo;observateur du pr&eacute;sent doivent donc s&rsquo;interroger sur les sens de ces crises et c&rsquo;est &agrave; cette t&acirc;che que s&rsquo;attelle le pr&eacute;sent essai. Apr&egrave;s un bref rappel historique de six crises majeures ayant jalonn&eacute; l&rsquo;histoire de la construction europ&eacute;enne de ses d&eacute;buts jusqu&rsquo;&agrave; la premi&egrave;re partie des ann&eacute;es 1990, nous allons tenter de tirer quelques le&ccedil;ons. Nous &eacute;voquerons ensuite les dimensions de ce que pourrait &ecirc;tre la crise actuelle de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, puis pr&eacute;senterons quelques &eacute;l&eacute;ments conclusifs.\n<\/p>\n<p>\n\tCommen&ccedil;ons par un rappel historique avec l&rsquo;&eacute;vocation des &eacute;pisodes suivants :\n<\/p>\n<p>\n\tI. Nous sommes en 1950. La Seconde Guerre mondiale est termin&eacute;e depuis cinq ans seulement. Un rideau de fer est tomb&eacute; sur l&rsquo;Europe, s&eacute;parant l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest, et la guerre froide risque &agrave; tout moment d&rsquo;embraser le monde. Plusieurs probl&egrave;mes et d&eacute;fis se pr&eacute;sentent aux responsables des nations d&rsquo;Europe occidentale : il leur faut trouver une place pour l&rsquo;Allemagne f&eacute;d&eacute;rale en leur sein ; la relation franco-allemande, qui a &eacute;t&eacute; la cause de 17 guerres en quatre si&egrave;cles, c&rsquo;est-&agrave;-dire une par g&eacute;n&eacute;ration en moyenne, doit &ecirc;tre pacifi&eacute;e ; une r&eacute;surgence du protectionnisme, source d&rsquo;appauvrissement g&eacute;n&eacute;ral et de risques de division, doit &ecirc;tre &eacute;vit&eacute;e ; enfin, la guerre entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest ne doit pas avoir lieu. C&rsquo;est dans ce contexte tr&egrave;s difficile que le commissaire g&eacute;n&eacute;ral du Plan fran&ccedil;ais, Jean Monnet, propose au ministre des affaires &eacute;trang&egrave;res Robert Schuman, qui accepte d&rsquo;en endosser la responsabilit&eacute; politique, le projet r&eacute;volutionnaire consistant &agrave; &eacute;tablir la premi&egrave;re Communaut&eacute; europ&eacute;enne, celle du charbon et de l&rsquo;acier (CECA). Par la mise en commun au service de la paix des industries servant traditionnellement les buts de guerre des nations, un changement d&rsquo;esp&eacute;rance voit le jour.\n<\/p>\n<p>\n\tII. Quatre ans plus tard, en 1954, le trait&eacute; instituant la Communaut&eacute; europ&eacute;enne de d&eacute;fense est d&eacute;fait devant l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale fran&ccedil;aise. Le projet d&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;une Communaut&eacute; politique europ&eacute;enne ne s&rsquo;en remettra pas non plus. Cette crise europ&eacute;enne, l&rsquo;une des plus graves de l&rsquo;histoire de l&rsquo;int&eacute;gration, remet en avant la difficile question de savoir comment r&eacute;armer l&rsquo;Allemagne f&eacute;d&eacute;rale afin de faire face &agrave; la menace venant de l&rsquo;Est sans pour autant inqui&eacute;ter ses voisins occidentaux. Le risque d&rsquo;&eacute;tranglement du processus naissant d&rsquo;int&eacute;gration initi&eacute; avec la CECA est aussi r&eacute;el. De cette crise sortira une relance conduisant &agrave; la cr&eacute;ation d&egrave;s le 1er janvier 1958 de deux nouvelles Communaut&eacute;s europ&eacute;ennes : la Communaut&eacute; &eacute;conomique europ&eacute;enne (CEE, ou March&eacute; commun) et la Communaut&eacute; europ&eacute;enne de l&rsquo;&eacute;nergie atomique (Euratom). M&ecirc;me si la construction est relanc&eacute;e, le chemin choisi est toutefois plus &eacute;conomique que politique (approche &laquo; n&eacute;o fonctionnaliste &raquo;). La question du r&eacute;armement allemand trouve sa solution dans l&rsquo;Alliance atlantique, avec l&rsquo;entr&eacute;e de la RFA dans l&rsquo;OTAN en 1955. A noter que, dans les questions de d&eacute;fense, encore de nos jours le parapluie am&eacute;ricain continue d&rsquo;&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme essentiel et qu&rsquo;il n&rsquo;y a toujours pas de d&eacute;fense europ&eacute;enne v&eacute;ritablement autonome par rapport aux Etats-Unis.\n<\/p>\n<p>\n\tIII. En 1963, le g&eacute;n&eacute;ral Charles de Gaulle, pr&eacute;sident de la R&eacute;publique fran&ccedil;aise, cr&eacute;e un mini-cataclysme en rejetant la demande d&rsquo;adh&eacute;sion britannique aux Communaut&eacute;s europ&eacute;ennes. Il refuse &agrave; cette occasion les propositions am&eacute;ricaines de collaboration qui &eacute;taient faites &agrave; son pays en mati&egrave;re de nucl&eacute;aire militaire. Derri&egrave;re ce veto gaullien aux puissances anglo-saxonnes se dressent deux visions antagonistes de ce que devrait &ecirc;tre l&rsquo;organisation de l&rsquo;Ouest : une Europe continentale contre une Europe atlantique. Le premier r&eacute;sultat de la crise de 1963 est que l&rsquo;adh&eacute;sion britannique est retard&eacute;e de dix ans. En deuxi&egrave;me lieu, cette crise met bien en avant les obstacles &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;une union politique et d&rsquo;une politique &eacute;trang&egrave;re et de s&eacute;curit&eacute; commune, dont la r&eacute;alisation fait face de nos jours encore &agrave; des difficult&eacute;s persistantes.\n<\/p>\n<p>\n\tIV. Une s&eacute;rieuse crise institutionnelle, appel&eacute;e &laquo; crise de la chaise vide &raquo;, se produit en 1965-66. On peut dire tr&egrave;s sch&eacute;matiquement qu&rsquo;elle est due au refus fran&ccedil;ais de voir &eacute;voluer les Communaut&eacute;s europ&eacute;ennes en direction de leurs potentialit&eacute;s supranationales par un r&ocirc;le plus important d&eacute;volu &agrave; la Commission et au Parlement europ&eacute;en ainsi que des votes majoritaires plus fr&eacute;quents au sein du Conseil des ministres. La sortie de crise se fait par le &laquo; compromis de Luxembourg &raquo; en 1966, v&eacute;ritable accord sur un d&eacute;saccord entre la France et ses partenaires, qui s&rsquo;entendent pour consid&eacute;rer que le processus doit malgr&eacute; tout se poursuivre. Les cons&eacute;quences en termes institutionnels sont n&eacute;anmoins visibles par la suite : les votes majoritaires au Conseil des ministres sont de fait bloqu&eacute;s durant une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es, le Parlement europ&eacute;en prend du temps &agrave; s&rsquo;affirmer comme une force significative, enfin la force d&rsquo;impulsion de la Commission des Communaut&eacute;s europ&eacute;ennes est cass&eacute;e durant deux d&eacute;cennies.\n<\/p>\n<p>\n\tV. Entre 1973 et 1985, une longue crise, appel&eacute;e parfois &laquo; Euroscl&eacute;rose &raquo;, anesth&eacute;sie l&rsquo;Europe des Neuf puis des Dix. Elle trouve son origine dans des facteurs multiples : crise mon&eacute;taire, stagflation (m&eacute;lange de r&eacute;cession et d&rsquo;inflation), ch&ocirc;mage, difficult&eacute;s d&rsquo;absorption des nouveaux Etats membres (Royaume-Uni, Irlande et Danemark en 1973, puis Gr&egrave;ce en 1981), approche inefficace de l&rsquo;harmonisation des normes techniques, n&eacute;oprotectionnisme. Cette &laquo; crise de fatigue &raquo; conduit &agrave; une certaine paralysie de l&rsquo;Europe communautaire durant une dizaine d&rsquo;ann&eacute;es, jusqu&rsquo;&agrave; ce que survienne la relance insuffl&eacute;e par le programme d&rsquo;ach&egrave;vement du march&eacute; int&eacute;rieur et la r&eacute;vision des trait&eacute;s &agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;Acte unique europ&eacute;en.\n<\/p>\n<p>\n\tVI. Apr&egrave;s une p&eacute;riode faste pour l&rsquo;int&eacute;gration courant de 1985 &agrave; 1992, une nouvelle crise voit le jour en 1992-93 avec les difficult&eacute;s &eacute;conomiques et mon&eacute;taires conduisant &agrave; la mise entre parenth&egrave;ses du Syst&egrave;me mon&eacute;taire europ&eacute;en. En outre, les difficult&eacute;s autour de la ratification du trait&eacute; sur l&rsquo;Union europ&eacute;enne (trait&eacute; de Maastricht) posent la lancinante question de savoir quelle Europe veulent les Etats et les peuples. Le trait&eacute; de Maastricht entre finalement en vigueur en 1993 et le processus d&rsquo;unification mon&eacute;taire se poursuit. Il aboutit &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;euro scriptural en 1999 et de l&rsquo;euro fiduciaire en 2002. La zone euro s&rsquo;&eacute;largit progressivement, passant de 11 &agrave; 17 membres.\n<\/p>\n<p>\n\tDans ses M&eacute;moires parues en 1976, Jean Monnet &eacute;crit : &laquo; J&rsquo;ai toujours pens&eacute; que l&rsquo;Europe se ferait dans les crises, et qu&rsquo;elle serait la somme des solutions qu&rsquo;on apporterait &agrave; ces crises. &raquo; Peut-&ecirc;tre que, ironiquement, la vraie crise de l&rsquo;Europe serait qu&rsquo;elle ne connaisse plus de crises, donc plus d&rsquo;occasions de franchir des pas suppl&eacute;mentaires&hellip; La le&ccedil;on des &eacute;pisodes historiques pr&eacute;cit&eacute;s est en effet que les crises peuvent &ecirc;tre surmont&eacute;es et peuvent permettre d&rsquo;aller plus loin dans le processus d&rsquo;union entam&eacute; au lendemain de la guerre. En m&ecirc;me temps, du fait de la nature en partie stochastique des processus, il faut demeurer conscient qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;automatismes dans les processus de relance et que ces derniers, m&ecirc;me s&rsquo;ils voient le jour, peuvent &eacute;merger avec un d&eacute;calage temporel important. Un autre &eacute;l&eacute;ment frappant pour l&rsquo;observateur est une certaine tentation de voir partout des crises dans la construction europ&eacute;enne. Il s&rsquo;agit l&agrave; clairement d&rsquo;une question de perceptions collectives. Si on le voulait, on pourrait, par exemple, aussi voir nombre de crises dans la Suisse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, sans qu&rsquo;elles soient forc&eacute;ment d&eacute;sign&eacute;es comme telles.\n<\/p>\n<p>\n\tPenchons-nous maintenant sur les dimensions de ce qui pourrait &ecirc;tre appel&eacute; la &laquo; crise &raquo; actuelle de la construction europ&eacute;enne :\n<\/p>\n<p>\n\tI. La &laquo; crise de l&rsquo;euro &raquo; est la premi&egrave;re qui vient &agrave; l&rsquo;esprit en ce moment. Celle-ci est en fait due au laxisme budg&eacute;taire de certains Etats membres et &agrave; l&rsquo;absence d&rsquo;une v&eacute;ritable union &eacute;conomique pour envelopper et consolider l&rsquo;union mon&eacute;taire. Les lacunes dans la &laquo; gouvernance &eacute;conomique &raquo; de la zone euro semblent maintenant en voie d&rsquo;&ecirc;tre combl&eacute;es avec la mise sur pied de m&eacute;canismes renforc&eacute;s de coordination des politiques &eacute;conomiques et de surveillance multilat&eacute;rale des Etats membres, de sanctions en cas de violation des engagements pris et enfin d&rsquo;aide aux pays en difficult&eacute;. De toute fa&ccedil;on, l&rsquo;abandon de la monnaie unique n&rsquo;est pas une option et son maintien est devenu une question d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t national pour les 17 pays la partageant.\n<\/p>\n<p>\n\tII. Certains pays et r&eacute;gions au sein de la zone euro et de l&rsquo;Union europ&eacute;enne font face &agrave; des probl&egrave;mes de comp&eacute;titivit&eacute;. Il faudrait donc parler d&rsquo;un probl&egrave;me de divergences de comp&eacute;titivit&eacute;, avec des sentiments exacerb&eacute;s par la crise &eacute;conomique et le ch&ocirc;mage s&eacute;vissant dans de nombreux Etats membres. La mise en place d&rsquo;une &laquo; gouvernance &eacute;conomique &raquo; effective conduira les Europ&eacute;ens &agrave; se demander pour quel mod&egrave;le &eacute;conomique et social ils devraient opter, ce qui aura des incidences en mati&egrave;re de politique sociale et fiscale notamment. Le d&eacute;bat sur la comp&eacute;titivit&eacute; de l&rsquo;Europe est aussi li&eacute; aux facteurs d&eacute;mographiques et au processus de convergence &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale voyant l&rsquo;&eacute;mergence acc&eacute;l&eacute;r&eacute;e de nouveaux p&ocirc;les, notamment en Asie.\n<\/p>\n<p>\n\tIII. On peut pr&eacute;tendre qu&rsquo;il y a une crise de m&eacute;thode en mati&egrave;re d&rsquo;int&eacute;gration. On se rappellera &agrave; cet &eacute;gard la crise institutionnelle quasi-r&eacute;currente des ann&eacute;es 1990 et 2000, qui a conduit &agrave; cinq trait&eacute;s ou projets de trait&eacute;s successifs et plusieurs crises de ratification. On assiste &agrave; une crise de la m&eacute;thode communautaire et &agrave; un certain retour en gr&acirc;ce des pratiques intergouvernementales, dont la faiblesse de la Commission europ&eacute;enne est un signe manifeste. La r&eacute;alit&eacute; est cependant plus nuanc&eacute;e, que l&rsquo;on en juge par l&rsquo;affirmation toujours croissante du r&ocirc;le du Parlement europ&eacute;en et l&rsquo;importance jamais d&eacute;mentie de la Cour de justice. M&ecirc;me le Conseil europ&eacute;en, organe intergouvernemental par excellence, est maintenant dot&eacute; d&rsquo;un pr&eacute;sident permanent et poss&egrave;de un r&ocirc;le d&rsquo;impulsion d&eacute;terminant comme on a pu en juger r&eacute;cemment lors des d&eacute;bats autour de la &laquo; gouvernance &eacute;conomique &raquo;.\n<\/p>\n<p>\n\tIV. On peut consid&eacute;rer qu&rsquo;il y a eu une crise d&rsquo;absorption des nouveaux Etats membres d&rsquo;Europe centrale et orientale du fait de l&rsquo;absence d&rsquo;approfondissement pr&eacute;alable ou concomitant de l&rsquo;Union. L&rsquo;admission de ces pays s&rsquo;imposait toutefois pour des raisons &eacute;conomiques, politiques, g&eacute;ostrat&eacute;giques et morales, scellant la r&eacute;unification historique du continent.\n<\/p>\n<p>\n\tV. On peut l&eacute;gitimement se demander si le processus d&rsquo;int&eacute;gration europ&eacute;enne ne traverse pas une crise de sens. En effet, on peut consid&eacute;rer que l&rsquo;objectif premier de la paix semble dor&eacute;navant assur&eacute; en Europe, que la recherche de prosp&eacute;rit&eacute; semble plus incertaine de nos jours, que l&rsquo;ambition de puissance ne fait pas r&ecirc;ver une majorit&eacute; d&rsquo;Europ&eacute;ens, que l&rsquo;Union est per&ccedil;ue comme lointaine par beaucoup de citoyens et qu&rsquo;elle g&eacute;n&egrave;re des perceptions ambivalentes quant &agrave; ses effets face &agrave; la mondialisation.\n<\/p>\n<p>\n\tVI. On pourrait enfin pr&eacute;tendre qu&rsquo;il existe une crise de la voix de l&rsquo;Europe dans le monde. Dans l&rsquo;environnement plus multipolaire qui s&rsquo;esquisse, les Europ&eacute;ens pourront-ils en effet parler d&rsquo;une seule voix, forte et coh&eacute;rente, et se faire entendre sur la sc&egrave;ne internationale en d&eacute;fendant ad&eacute;quatement leurs valeurs et int&eacute;r&ecirc;ts communs ? M&ecirc;me s&rsquo;il est encore trop t&ocirc;t pour tirer des le&ccedil;ons de la mise en &oelig;uvre du trait&eacute; de Lisbonne entr&eacute; en vigueur le 1er d&eacute;cembre 2009, on peut se demander si l&rsquo;approche intergouvernementale retenue en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re et de s&eacute;curit&eacute; commune sera suffisante pour forcer des progr&egrave;s substantiels. On se rappellera que, d&egrave;s les ann&eacute;es 1960, Jean Monnet et son Comit&eacute; d&rsquo;action &eacute;taient arriv&eacute;s &agrave; la conclusion qu&rsquo;il fallait aussi appliquer &agrave; ces domaines la m&eacute;thode communautaire qui avait permis des progr&egrave;s r&eacute;els en mati&egrave;re d&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique. A relever que, dans ces questions &eacute;galement, l&rsquo;Europe reste une &laquo; puissance fragment&eacute;e &raquo; sur la sc&egrave;ne internationale (voir le titre de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Andr&eacute; Sapir dans la bibliographie ci-dessous).\n<\/p>\n<p>\n\tAu moment de conclure cet essai, il faut rappeler l&rsquo;&eacute;vidence : dans le monde multipolaire qui &eacute;merge d&rsquo;une fa&ccedil;on acc&eacute;l&eacute;r&eacute;e, les grands ensembles seront toujours plus importants. Les Europ&eacute;ens, qui tiennent en partie leur destin collectif dans leurs mains, peuvent et devraient contribuer &agrave; fa&ccedil;onner le monde de demain en gardant &agrave; l&rsquo;esprit que, group&eacute;s, ils seront toujours plus forts que divis&eacute;s. La force historique du processus d&rsquo;int&eacute;gration &agrave; surmonter les crises qui l&rsquo;ont travers&eacute;, ainsi que la n&eacute;cessit&eacute; pour l&rsquo;Europe de faire face aux grands d&eacute;fis de notre temps, peuvent nous inciter &agrave; un optimisme prudent. Des progr&egrave;s sont bel et bien r&eacute;alisables. Depuis qu&rsquo;ils ont historiquement touch&eacute; le fond en 1945, les Europ&eacute;ens ont parcouru beaucoup de chemin, avec de nombreux accomplissements &agrave; leur actif. En m&ecirc;me temps, des si&egrave;cles d&rsquo;histoire pendant lesquels la souverainet&eacute; des Etats &eacute;tait dominante ne peuvent pas &ecirc;tre d&eacute;pass&eacute;s si facilement. On ne peut en effet &ecirc;tre que frapp&eacute; par la grande r&eacute;silience des souverainet&eacute;s nationales. Il appara&icirc;t &agrave; peu pr&egrave;s certain que l&rsquo;Union europ&eacute;enne n&rsquo;a pas encore acquis sa forme d&eacute;finitive. Qui sait o&ugrave; elle sera en 2050, lorsque l&rsquo;on c&eacute;l&eacute;brera le centi&egrave;me anniversaire de l&rsquo;acte fondateur que constitue la D&eacute;claration du 9 mai 1950 ? D&rsquo;ici l&agrave;, bien d&rsquo;autres crises, r&eacute;elles ou suppos&eacute;es, seront survenues et beaucoup d&rsquo;eau aura coul&eacute; sous les ponts.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<h4 class=\"rouge\">\n\t<span style=\"color:#CF1930;\"><span>Pour en savoir plus<\/span><\/span><br \/>\n<\/h4>\n<p>\n\tBITSCH Marie-Th&eacute;r&egrave;se, Histoire de la construction europ&eacute;enne de 1945 &agrave; nos jours, Bruxelles, Editions Complexe, 2008.\n<\/p>\n<p>\n\tConstruction europ&eacute;enne : crises et relances. Actes du colloque organis&eacute; par la Fondation Jean Monnet pour l&rsquo;Europe, Lausanne, 18 et 19 avril 2008, Lausanne, Fondation Jean Monnet pour l&rsquo;Europe, Paris, Economica, 2009.\n<\/p>\n<p>\n\tDONY Marianne, Apr&egrave;s la r&eacute;forme de Lisbonne. Les nouveaux trait&eacute;s europ&eacute;ens, Bruxelles, Editions de l&rsquo;Universit&eacute; de Bruxelles, 2008.\n<\/p>\n<p>\n\tGRIN Gilles, &laquo; 1985, annus mirabilis de l&#39;Europe : le programme d&#39;ach&egrave;vement du march&eacute; int&eacute;rieur et la relance de la construction europ&eacute;enne &raquo;, Relations internationales, no 118, 2004, pp. 215-227.\n<\/p>\n<p>\n\tGRIN Gilles, &laquo; L&#39;euro et le d&eacute;fi de la gouvernance &eacute;conomique &raquo;, Papiers d&#39;actualit&eacute; de la Fondation Pierre du Bois pour l&#39;histoire du temps pr&eacute;sent, no 7, septembre 2010.\n<\/p>\n<p>\n\tMONNET Jean, M&eacute;moires, Paris, Fayard, 1976.\n<\/p>\n<p>\n\tPIRIS Jean-Claude, The Lisbon Treaty: A Legal and Political Analysis, Cambridge, New York, Cambridge University Press, 2010.\n<\/p>\n<p>\n\tQUERMONNE Jean-Louis, L&rsquo;Union europ&eacute;enne dans le temps long, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.\n<\/p>\n<p>\n\tSAPIR Andr&eacute; (ed.), Fragmented Power: Europe and the Global Economy, Brussels, Bruegel, 2007.\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<span>Disclaimer: The views expressed in this paper are those of the author alone and do not necessarily reflect the opinion of the Foundation.<\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<span style=\"font-size:12px;\"><em>Mise &agrave; jour le Mercredi, 23 F&eacute;vrier 2011 10:00<\/em><\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"excerpt\">Gilles Grin Fondation Jean Monnet pour l&rsquo;Europe et Universit&eacute; de Lausanne &nbsp; Papiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective Fondation Pierre du Bois March 2011, No 4\/ 2011 &nbsp; Read, save or print the pdf version of this article. 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