{"id":4844,"date":"2015-05-07T08:14:33","date_gmt":"2015-05-07T08:14:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/?page_id=4844"},"modified":"2017-02-13T12:14:30","modified_gmt":"2017-02-13T12:14:30","slug":"les-printemps-arabes-et-leurs-enjeux-perspectives-sur-la-diplomatie-americaine","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/les-printemps-arabes-et-leurs-enjeux-perspectives-sur-la-diplomatie-americaine\/","title":{"rendered":"Les \u00ab Printemps arabes \u00bb et leurs enjeux. Perspectives sur la diplomatie am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: left;\">\n\t&eacute;r&ocirc;me Gygax<br \/>\n\t<span style=\"color: #000000;\">Fondation Pierre du Bois pour l&#39;histoire du temps pr&eacute;sen<\/span>t<br \/>\n\t<span style=\"color: #000000;\">Research Fellow Columbia University<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<span style=\"color:#CF1930;\"><span class=\"rouge\"><strong>P<\/strong><\/span><span class=\"rouge\"><strong>apiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective<br \/>\n\tFondation Pierre du Bois<br \/>\n\tApril 2011, No 5\/ 2011<\/strong><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p class=\"para-a-la-ligne\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p class=\"para-a-la-ligne\">\n\t<span class=\"rouge\"><span style=\"color:#CF1930;\">Read, save or print the <\/span><a href=\"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/les-printemps-arabes-et-leurs-enjeux-perspectives-sur-la-diplomatie-americaine\/images\/stories\/papiers_dactualit\/no5_2011_arabs.pdf\" target=\"_blank\"><span style=\"color:#CF1930;\">pdf<\/span><\/a><span style=\"color:#CF1930;\"> version of this article.<\/span><\/span>\n<\/p>\n<p>\n\tLes r&eacute;volutions qui &eacute;branlent les assises des r&eacute;gimes autocratiques du Proche Orient d&eacute;montrent la pertinence du concept de &laquo; memes &raquo; (anglais) utilis&eacute; par Nicholas J. Cull en 2008 et qui d&eacute;signe des id&eacute;es capables de se r&eacute;pandre d&rsquo;une personne &agrave; une autre au travers d&rsquo;un r&eacute;seau social. L&rsquo;apparente spontan&eacute;it&eacute; de ces mouvements et du consensus populaire qui les sous-tendent, tout au moins en Egypte, cache une grande complexit&eacute; et rel&egrave;gue au second plan les int&eacute;r&ecirc;ts strat&eacute;giques des grandes puissances dont les Etats-Unis qui ont, rappelons-le, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale consid&eacute;r&eacute; la r&eacute;gion comme &eacute;tant indissociable de leurs int&eacute;r&ecirc;ts s&eacute;curitaires.<br \/>\n\tLe d&eacute;bat porte maintenant sur l&rsquo;interpr&eacute;tation &agrave; donner aux &eacute;v&eacute;nements en questionnant la pr&eacute;pond&eacute;rance aux forces d&eacute;mocratiques ou radicales. Ces soul&egrave;vements contre des r&eacute;gimes corrompus, presque tous des proxy de la lutte contre Al-Queda, sont-ils &agrave; mettre &agrave; l&rsquo;actif ou au passif d&rsquo;une politique am&eacute;ricaine, apparemment en panne de &laquo; vision &raquo; de l&rsquo;Iraq &agrave; l&rsquo;Afghanistan en passant par le Pakistan ? Ce sont les &laquo; architectes du globalisme &raquo;, terme employ&eacute; par l&rsquo;historien Patrick J. Hearden (2002), qui ont cr&eacute;&eacute; sous l&rsquo;administration Truman les instruments d&rsquo;une diplomatie mondiale qui s&rsquo;appuient sur les relais priv&eacute;s (Helen Laville, 2006). Les think tanks, le Council on Foreign Relation (CFR), le Center for Strategic and International Studies (CSIS) ont annonc&eacute; la &laquo; r&eacute;invention de la diplomatie &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de l&rsquo;information &raquo; (1998) donnant aux Etats-Unis une meilleure ma&icirc;trise du calendrier par l&rsquo;usage des r&eacute;seaux sociaux. Peut-on aujourd&rsquo;hui parler d&rsquo;&eacute;chec ou de succ&egrave;s ? Rien ne semble pour l&rsquo;heure permettre de trancher. Cependant, il est possible de remonter aux sources de cette strat&eacute;gie publique am&eacute;ricaine qui, durant toute la Guerre froide, usait de sa politique d&rsquo;aide et de coop&eacute;ration dans le but de transformer ces r&eacute;gions jug&eacute;es strat&eacute;giquement importantes.<br \/>\n\tOn notera en pr&eacute;liminaire de quelle mani&egrave;re certains pays semblent provisoirement &laquo; &eacute;pargn&eacute;s &raquo; &ndash; Arabie Saoudite, Jordanie, dans une moinde mesure les &eacute;mirats du Golfe &ndash; non pas en raison de leurs caract&eacute;ristiques propres, politique ou &eacute;conomique, comme semblent le dire certains experts, mais dans le traitement m&eacute;diatique qui leur est r&eacute;serv&eacute;, quasi inexistant. Tandis que la crainte d&rsquo;une mont&eacute;e de l&rsquo;islamisme anime certains milieux n&eacute;oconservateurs et les juifs conservateurs, d&rsquo;autres acteurs plus lib&eacute;raux, y compris en Isra&euml;l (quotidien Hareetz), appellent &agrave; reconna&icirc;tre l&rsquo;extraordinaire port&eacute;e de ces &eacute;lans susceptibles de marginaliser le(s) fondamentalisme(s) qui nourrit(ssent) des oppressions s&eacute;culaires.<br \/>\n\tAlors que les Etats-Unis ont r&eacute;cemment appel&eacute; &agrave; condamner l&rsquo;Iran au sein du Conseil des Droits de l&rsquo;Homme (ONU), les tentations d&rsquo;une instrumentalisation ou de la poursuite d&rsquo;agenda parall&egrave;le, notamment vis-&agrave;-vis de la Chine ou de la Cor&eacute;e du Nord, ne sont pas &agrave; exclure. O&ugrave; s&rsquo;arr&ecirc;te la r&eacute;volution ? C&rsquo;est la capacit&eacute; des acteurs &agrave; &laquo; d&eacute;finir une grille d&rsquo;interpr&eacute;tation des &eacute;v&eacute;nements&raquo; (frame the interpretation) dont il est question et qui est au c&oelig;ur des enjeux de cet &eacute;pisode historique, fondateur pour l&rsquo;exercice de la diplomatie de demain.\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les origines d&rsquo;une politique d&rsquo;influence<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;administration Truman, la premi&egrave;re, d&eacute;veloppe, apr&egrave;s la Seconde Guerre mondiale, une politique d&rsquo;assistance technique &ndash; Act of International Development (5 juin 1950) &ndash; comprenant le programme dit &laquo; Point IV &raquo;. Son directeur Jonathan B. Bingham parlait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la volont&eacute; de &laquo; transposer leurs valeurs, &laquo; main street USA &raquo;, aux sables du Moyen-Orient et aux plaines d&rsquo;Inde. &raquo;. Reposant sur l&rsquo;aide financi&egrave;re et technique on esp&eacute;rait cr&eacute;er une classe moyenne qui porterait ses fruits sur le long terme. &laquo; Planter des hommes &raquo; &eacute;tait l&rsquo;expression utilis&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;poque.&nbsp; Certes modeste, avec un co&ucirc;t estim&eacute; &agrave; 1% du total d&eacute;pens&eacute; pour le Plan Marshall, ce programme &eacute;tait jug&eacute; tr&egrave;s prometteur.<br \/>\n\tD. D. Eisenhower &agrave; sa suite affirme, apr&egrave;s la crise de Suez 1956, la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;amender le Mutual Security Act afin d&rsquo;&eacute;largir l&rsquo;effort de coop&eacute;ration. La &laquo; Middle East Resolution &raquo; (P.L. 85-87, mars 1957) pr&eacute;c&eacute;dait d&rsquo;une ann&eacute;e l&rsquo;envoi de troupes au Liban pour mettre fin aux r&eacute;voltes attribu&eacute;es &agrave; la R&eacute;publique Arabe Unie (Egypte, Syrie). Selon la directive du Conseil de S&eacute;curit&eacute; am&eacute;ricain &ndash; National Security Council NSC 5609 : &laquo; Il est de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du monde monde libre (&hellip;) de s&eacute;curiser pour lui-m&ecirc;me le flanc droit de l&rsquo;OTAN, les d&eacute;troits turcs, l&rsquo;Est de la M&eacute;diterran&eacute;e, la zone du Caire-Suez-Aden, les bases a&eacute;riennes d&eacute;fensives, le Golfe persique et les r&eacute;gions p&eacute;trolif&egrave;res. &raquo; (section c, Mutual Security Program). Eisenhower a donn&eacute; un r&ocirc;le in&eacute;dit aux corporations priv&eacute;es tout en d&eacute;veloppant une diplomatie personnelle, &laquo; people-to-people &raquo; d&egrave;s 1956. Trois ans plus tard, il inaugure la tradition des tourn&eacute;es mondiales, passant notamment par le Moyen Orient. Les futurs Pr&eacute;sidents ne manqueront pas de suivre son exemple. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque, une commission pr&eacute;sidentielle dirig&eacute;e par l&rsquo;industriel Mansfield Sprague recommandait le renforcement de l&rsquo;organe de diplomatie publique, l&rsquo;United States Information Agency (USIA) au sein du NSC. Un bureau sp&eacute;cial, l&rsquo;Office of Policy Coordination (OPC), dirig&eacute; par Frank G. Wiesner, &eacute;tait en charge des op&eacute;rations d&rsquo;influence et de subversion &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger par les m&eacute;dia et les opinions (dont l&rsquo;Iran).<br \/>\n\tJ.F. Kennedy d&eacute;finit le nouveau paradigme de &laquo; modernisation &raquo; reposant sur l&rsquo;id&eacute;e simple que les Etats-Unis doivent d&eacute;velopper des strat&eacute;gies int&eacute;gr&eacute;es au niveau des diff&eacute;rentes op&eacute;rations politique, &eacute;conomique et psychologique. Il s&rsquo;agissait, en s&rsquo;inspirant des &eacute;crits du professeur Daniel Lerner (MIT), de renforcer les groupes d&eacute;mocratiques dans les pays du Tiers Monde engag&eacute;s dans une marche forc&eacute;e vers la modernit&eacute;. Ce concept de la modernisation, anticipant &agrave; maints &eacute;gards celui de &laquo; globalisation &raquo;, servait de contre-poids id&eacute;ologique aux th&eacute;ories marxistes et de cadre aux initiatives des &laquo; Peace Corps &raquo;, de l&rsquo;Alliance pour le Progr&egrave;s&hellip; Pour Kennedy les Etats-Unis avaient l&rsquo;obligation de &laquo; supporter les progr&egrave;s sociaux et &eacute;conomiques au Moyen Orient &raquo; (Discours du 8 mai 1963). En une d&eacute;cennie l&rsquo;USIA avait &eacute;tabli des postes dans plus de cent cinquante pays, apportant son soutien &agrave; l&rsquo;expansion commerciale &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger et de ses produits sur de nouveux march&eacute;s (concept de product synergy).\n<\/p>\n<p>\n\tSous la pr&eacute;sidence de Jimmy Carter (1977-1980), le Congr&egrave;s amende l&rsquo;&laquo; International Development and Food Assistance Act &raquo; rendant ainsi conditionnel l&rsquo;octroi de l&rsquo;aide au respect des droits de l&rsquo;homme. La section 502 B du &laquo; Foreign Assistance Act &raquo; cr&eacute;ait les m&eacute;canismes par lequel le Congr&egrave;s pouvait couper toute aide militaire et &eacute;conomique &agrave; une nation engag&eacute;e dans des violations des droits de l&rsquo;Homme. Son successeur, Ronald Reagan, int&egrave;gre les Droits de l&rsquo;homme en tant que composante &agrave; part enti&egrave;re de sa politique &eacute;trang&egrave;re et son approche n&eacute;oconservatrice. Selon Elliott Abrams, assistant secr&eacute;taire pour les droits de l&rsquo;homme et les affaires humanitaires de l&rsquo;&eacute;poque, aujourd&rsquo;hui membre de l&rsquo;influent Council on Foreign Relations (CFR, fond&eacute; en 1923) un seul standard devait &ecirc;tre appliqu&eacute; &agrave; toutes les nations du monde. Il n&rsquo;&eacute;tait plus question de discours mais il s&rsquo;agissait d&rsquo;atteindre des r&eacute;sultats concrets dans des pays violateurs de ces droits.<br \/>\n\tIl devient clair &agrave; l&rsquo;&eacute;poque que l&rsquo;exportation des droits de l&rsquo;homme, r&eacute;pondant &eacute;troitement aux int&eacute;r&ecirc;ts am&eacute;ricains, ne doit pas &ecirc;tre attribu&eacute;e publiquement aux cercles de Washington, risquant de compromettre sa cr&eacute;dibilit&eacute;. Le CFR jouait le r&ocirc;le de courroie de transmission de ces id&eacute;es, &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;un r&eacute;seau tr&egrave;s vaste d&rsquo;acad&eacute;miques (dont le CSIS) et d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires. Au d&eacute;but de la d&eacute;cennie 1970, le Conseil &eacute;conomique et sociale de l&rsquo;ONU (ECOSOC) &eacute;tait devenu l&rsquo;un des organes permettant d&rsquo;exercer des pressions sur les gouvernements (r&eacute;solution 1503, 27 mai 1970).<br \/>\n\tL&rsquo;administration Reagan entendait mettre &agrave; son service les groupes non-gouvernementaux, les syndicats et autres organisations priv&eacute;es afin de d&eacute;velopper une soci&eacute;t&eacute; civile internationale. Le projet &eacute;tait connu sous le nom de &laquo; Project Democracy &raquo; renomm&eacute; &laquo; National Endowement for Democracy &raquo; (NED) sous les auspices de l&rsquo;USIA en 1983. La conduite d&rsquo;une telle &laquo; diplomatie silencieuse &raquo; en faveur des droits de l&rsquo;homme posait pourtant un s&eacute;rieux probl&egrave;me de cr&eacute;dibilit&eacute; lorsque cette derni&egrave;re ne suivait pas la rh&eacute;torique officielle.\n<\/p>\n<p>\n\tLa fin de la guerre froide conduit &agrave; la mise sur pieds de nouveaux programmes mettant l&rsquo;accent sur l&rsquo;&eacute;lectronique, l&rsquo;internet et les communications satellites. Le Bureau de l&rsquo;Information ou I-Bureau rempla&ccedil;ait graduellement l&rsquo;USIA. Le conflit des Balkans s&rsquo;&eacute;tait en outre appuy&eacute; sur le &laquo; National Democratic Institute for International Affairs &raquo; (NDI), organisation non-gouvernementale bas&eacute;e &agrave; Washington, foyer, avec New York, des principales organisations non-gouvernentales et des think tanks. Les Etats-Unis entendaient &ecirc;tre au c&oelig;ur de cette r&eacute;volution reposant sur le partage &eacute;lectronique et utilisant bient&ocirc;t l&rsquo;internet comme relais d&rsquo;influence. Selon l&rsquo;historien Fareed Zakaria : &laquo; The Internet is profoundly disrespectful of traditions, established order, and hierarchy, and that is very American. &raquo; Loin des &laquo; Samizdats &raquo; dont l&rsquo;utilisation s&rsquo;&eacute;tait r&eacute;pandue apr&egrave;s 1966 et qui consistaient en polycopies manuelles de libelles, v&eacute;ritable litt&eacute;rature de r&eacute;sistance &agrave; l&rsquo;usage des contre-r&eacute;volutionnaires jusqu&rsquo;&agrave; la chute de l&rsquo;URSS.\n<\/p>\n<p>\n\tCette diplomatie publique s&rsquo;appropriait, petit &agrave; petit, les outils de la guerre psychologique, donnant au D&eacute;partement de la D&eacute;fense un r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant. Apr&egrave;s 9\/11 na&icirc;t un contexte de confusion o&ugrave; la limite entre l&rsquo;&eacute;tat de guerre et celui de paix devient de plus en plus difficile &agrave; discerner. Il vaut la peine de rappeler la d&eacute;finition de &laquo; psy-warefare &raquo; comme &laquo; groupe de strat&eacute;gies et de tactiques destin&eacute;es &agrave; atteindre des objectifs id&eacute;ologiques, politiques ou militaires d&rsquo;une organisation sponsors (un gouvernement ou un mouvement politique) par l&rsquo;exploitation des attributs culturels et psychologiques d&rsquo;une audience cibl&eacute;e ainsi que son syst&egrave;me de communication &raquo;. Les racines de ce concept remontant &agrave; Harold D. Laswell (&laquo; Democracy through public opinion &raquo;, 1941) inspirent les op&eacute;rations de l&rsquo;USIA. A l&rsquo;&eacute;poque de Truman la strat&eacute;gie de diplomatie publique semblait encore reposer sur le pouvoir de persuasion des &eacute;lites, seules capables d&rsquo;influence au sein des r&eacute;seaux sociaux. Les nouveaux m&eacute;dias permettaient d&rsquo;&eacute;largir consid&eacute;rablement la strat&eacute;gie des Samizdats au plus grand nombre (utilisateurs de t&eacute;l&eacute;phones portables) et non plus &agrave; cette seule &eacute;lite. Le r&ocirc;le jou&eacute; par des leaders, intellectuels, journalistes ou dissidents n&rsquo;en demeurt pas moins valable (voir les cas particuliers de la Tunisie et de l&rsquo;Egypte). Cependant, cette technologie parle d&rsquo;une certaine mani&egrave;re &laquo; directement au peuple &raquo;, les messages sont g&eacute;n&eacute;r&eacute;s d&rsquo;on ne sait o&ugrave;, appelant &agrave; se r&eacute;unir, &agrave; mener une manifestation de rue, &agrave; renverser un pouvoir jug&eacute; ill&eacute;gitime. La technologie fonde et soutient de nouvelles l&eacute;gitimit&eacute;s &agrave; na&icirc;tre.<br \/>\n\tD&egrave;s 2005, le Congr&egrave;s rendait les activit&eacute;s d&rsquo;assistance et d&rsquo;aide ind&eacute;pendantes des gouvernements locaux (Egyptien notamment), les fonds &eacute;taient per&ccedil;us comme aide &agrave; la promotion de la d&eacute;mocratie (US PL 111-117, section 7034).\n<\/p>\n<p>\n\tLa th&egrave;se des dominos qui voudrait qu&rsquo;une r&eacute;volution en ait entra&icirc;n&eacute;e une autre, a &eacute;t&eacute; d&eacute;mentie par les sp&eacute;cialistes, tels que Michael Hayden, ancien directeur de la CIA, en raison des dissemblances structurelles entre ces r&eacute;gimes. Toute volont&eacute; de recr&eacute;er une chronologie artificielle semble ainsi vaine. A posteriori on notera, sans l&rsquo;exag&eacute;rer, le r&ocirc;le de l&rsquo;affaire Wikileaks ou fuite des d&eacute;p&ecirc;ches d&rsquo;ambassades qui a r&eacute;v&eacute;l&eacute; de fa&ccedil;on &laquo; sansationnelle &raquo; les relations de corruption souvent tues au sein des r&eacute;gimes arabes, le clan du pr&eacute;sident tunisien Ben Ali &eacute;tant qualifi&eacute; de &laquo;quasi mafia &raquo;.<br \/>\n\tLes &eacute;l&eacute;ctions &eacute;gyptiennes, de fin novembre 2010, repr&eacute;sentent un tournant dans la politique am&eacute;ricaine. A cette occasion le D&eacute;partement d&rsquo;Etat communiquait son d&eacute;sir &laquo; de continuer &agrave; travailler avec le gouvernement et la soci&eacute;t&eacute; civile &eacute;gyptienne pour l&rsquo;aider &agrave; atteindre ses aspirations politique, sociale et &eacute;conomique &raquo; (Congressional Research Service). Elliott Abrams publiait un article sur le changement de r&eacute;gime en Tunisie d&eacute;but janvier (&laquo; Is Tunisia Next ? &raquo;, CFR, 7 janvier 2011) r&eacute;p&eacute;tant la voix de l&rsquo;Institute for Policy Studies (IPS, 24 d&eacute;cembre). Le Washington Institute for Near East Policy poussant quant &agrave; lui aussi un &laquo; agenda &raquo; interventioniste condamnant l&rsquo;Iran et la Syrie (WINEP). Et ce n&rsquo;est pas seulement le concert de ces voix et de th&eacute;matiques mais la pr&eacute;sence de certains acteurs qui est r&eacute;currente, E. Abrams actif sous Reagan ainsi que Frank Wisner, fils de l&rsquo;ancien conseiller d&rsquo;Eisenhower, envoy&eacute; comme &eacute;missaire sp&eacute;cial en Egypte.<br \/>\n\tLe discours du Caire donn&eacute; par le Pr&eacute;sident B. H. Obama (4 juin 2009) ne donnait-il pas l&rsquo;Egypte en exemple d&rsquo;harmonie, alliant tradition et progr&egrave;s ? Le pr&eacute;sident Mubarak &eacute;tait, rappelons-le, avec ses militaires, un alli&eacute; des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Quaeda, press&eacute; de s&rsquo;angager de mani&egrave;re plus d&eacute;termin&eacute;e. Les relations entre l&rsquo;Etat-major &eacute;gyptien et le Pentagone &eacute;taient et restent &eacute;troites, participant au programme de d&eacute;tention secret de la CIA. L&rsquo;aide am&eacute;ricaine connaissait ces derniers mois des pressions croissantes venant du Congr&egrave;s et des lobby juifs am&eacute;ricains. Aider mais pour quels r&eacute;sultats et surtout &agrave; quel co&ucirc;t ?\n<\/p>\n<p>\n\tIl semble aujourd&rsquo;hui probable que plusieurs strat&eacute;gies aient &eacute;t&eacute; suivies conjointement, autorisant la coexistence d&rsquo;objectifs poursuivis sur le court, moyen et le plus long terme, tirant parti des investissements engag&eacute;s par les acteurs de&nbsp; cette diplomatie semi-publique, semi-priv&eacute;e, depuis la pr&eacute;sidence de H. Truman. Ainsi devient-il possible d&rsquo;expliquer la politique de soutien militaire syst&eacute;matique, g&eacute;n&eacute;rant des liens &eacute;troits entre le Pentagone et le haut commandement &eacute;gyptien. A la mani&egrave;re de la politique Nord-Am&eacute;ricaine vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Am&eacute;rique latine il y a pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle,&nbsp; favorisant l&rsquo;exercice de pressions, l&rsquo;aide octroy&eacute;e de mani&egrave;re conditionnelle. L&rsquo;encouragement &agrave; la soci&eacute;t&eacute; civile s&rsquo;est lui-m&ecirc;me d&eacute;velopp&eacute; suivant le processus de modernisation et l&rsquo;acc&egrave;s graduel aux technologies de communication. La figure m&eacute;diatique de Mohamed El Baradei est &agrave; ce titre exemplaire. Elle s&rsquo;est construite en dehors de l&rsquo;Egypte au sein de l&rsquo;Agence internationale sur l&rsquo;&eacute;nergie atomique (AIEA), et est devenue en quelques jours le visage de cette nouvelle Egypte, avant m&ecirc;me la tenue d&rsquo;&eacute;lections. La transition &eacute;gyptienne est pour l&rsquo;heure garantie par une Haute Commission militaire, dont Sami Hafez Al Enan, chef de Staff de l&rsquo;arm&eacute;e est un des garants, en contact &eacute;troit avec ses homologues am&eacute;ricains.<br \/>\n\tDans son discours devant le Conseil des droits de l&rsquo;homme (28 f&eacute;vrier 2011), la secr&eacute;taire d&rsquo;Etat Hillary Clinton a rappel&eacute; les &laquo; obligations universelles &raquo; d&eacute;coulant du respect de la D&eacute;claration Universelle (DUDH), soulignant la n&eacute;cessit&eacute; de prot&eacute;ger &laquo; le processus de transition &raquo; vers la d&eacute;mocratie et le progr&egrave;s. Elle a rendu hommage au r&ocirc;le de la jeunesse et de la soci&eacute;t&eacute; civile moteurs de ces r&eacute;volutions. Les Etats-Unis sont pr&ecirc;ts, a-t-elle dit, &agrave; fournir une &laquo; assistance &eacute;conomique &raquo;, les droits de l&rsquo;homme, la d&eacute;mocratie et le d&eacute;veloppement allant de pair l&rsquo;un avec l&rsquo;autre. L&rsquo;appel de Mme Clinton &agrave; lutter contre l&rsquo;intol&eacute;rance &laquo; partout o&ugrave; elle se produit &raquo; fait en quelque sorte &eacute;cho &agrave; E. Abrams sous Ronald Reagan. L&rsquo;Iran, engag&eacute; depuis 1979 sur la voie d&rsquo;une autre r&eacute;volution, islamique celle-l&agrave;, est accus&eacute; aujourd&rsquo;hui comme hier de violer les droits de l&rsquo;homme. Mme Clinton a termin&eacute; son allocution par une mise en garde contre les mouvances radicales qui ne respectent pas ces m&ecirc;mes droits universellement reconnus. Au m&ecirc;me moment, les risques d&rsquo;une extension de la r&eacute;volution chiite ne peuvent &eacute;chapper &agrave; Washington.\n<\/p>\n<p>\n\tComme relev&eacute; dans l&rsquo;introduction, il faut s&rsquo;interroger sur le pouvoir et la volont&eacute; de &laquo; mettre en r&eacute;cit&raquo; les &eacute;v&eacute;nements, quitte &agrave; leur faire dire ce qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes ne disent pas. Michael Schurer, ancien membre de la CIA, analyste pour la cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision CBS,&nbsp; pense que les Am&eacute;ricains ont mal interpr&eacute;t&eacute; les forces se cachant derri&egrave;re le printemps arabe. Des islamistes auraient selon lui &eacute;t&eacute; rel&acirc;ch&eacute;s des prisons, le d&eacute;part de Mubarak, ennemi d&rsquo;Al-Quaeda, aurait pour effet de &laquo; revitaliser l&rsquo;islamisme &raquo;, le mouvement deviendrait ainsi plus vaste et plus diffus qu&rsquo;il ne l&rsquo;&eacute;tait. L&rsquo;Egypte de Mubarak, Isra&euml;l et la dynastie Saud d&rsquo;Arabie sont pr&eacute;sent&eacute;s comme les v&eacute;ritables ennemis d&rsquo;Al Qaeda.<br \/>\n\tOr, la version de Schurer contredit l&rsquo;interpr&eacute;tation des journalistes arabes sur le terrain (Al Jazeera), pour qui ces manifestations d&eacute;montrent &agrave; qui en douterait encore qu&rsquo;Al-Queda n&rsquo;a aucun r&ocirc;le &agrave; jouer dans cette histoire. Les soul&egrave;vements populaires se sont exerc&eacute;s contre les r&eacute;gimes se servant de l&rsquo;oppression et de la lutte antiterroriste pour asseoir leurs r&eacute;gimes corrompus sans l&eacute;gitimit&eacute; populaire. Que penser des mouvements de r&eacute;bellion contre les r&eacute;gimes de Hamid Karzai, en Afghanistan, et Asif Ali Zardari, au Pakistan, accus&eacute;s tous deux de corruption chronique et sans r&eacute;el soutien populaire.\n<\/p>\n<p>\n\tWashington semble vouloir soutenir, co&ucirc;te que co&ucirc;te, cette &laquo; transition vers la d&eacute;mocratie &raquo;, un effort qui s&rsquo;inscrit, comme on l&rsquo;a vu, dans cinquante ann&eacute;es de diplomatie cherchant &agrave; terme &agrave; arrimer le Proche et le Moyen Orient &agrave; l&rsquo;Occident. Les Etats-Unis ne sont certes pas les seuls int&eacute;ress&eacute;s par ce d&eacute;veloppement r&eacute;volutionnaire. Comme on peut s&rsquo;en douter la Chine et l&rsquo;Iran, plus encore que la Russie, peuvent se montrer p&eacute;occup&eacute;s. La th&eacute;orie d&eacute;velopp&eacute;e par le c&eacute;l&egrave;bre journaliste du New Yorker, Seymour Hersh, qui d&eacute;nonce l&rsquo;existence d&rsquo;un calcul strat&eacute;gique visant l&rsquo;Iran n&rsquo;est pas invraisemblable. Washington ne donne-t-il pas les signes, certes discrets, de vouloir tirer profit de la dynamique actuelle pour l&rsquo;&eacute;tendre en direction de l&rsquo;Asie ? L&rsquo;appel de Washington &agrave; P&eacute;kin en janvier dernier s&rsquo;inscrit-il dans une perspective am&eacute;ricaine &laquo; universelle &raquo; au nom des droits de l&rsquo;homme ? Le risque demeure, comme sous les pr&eacute;sidences ant&eacute;rieures, de pratiquer une politique &agrave; double standard. L&rsquo;Arabie Saoudite est dans la ligne des critiques, d&eacute;nonc&eacute;e par Amnesty International depuis des ann&eacute;es pour ses violations des droits de l&rsquo;homme. Cette derni&egrave;re continue, avec le Qatar, &agrave; servir de relais pour la campagne antiterroriste am&eacute;ricaine.\n<\/p>\n<p>\n\tLa diplomatie publique am&eacute;ricaine, et une partie de son &laquo; soft power &raquo;, repose sur sa capacit&eacute; &agrave; influencer les r&eacute;gimes de mani&egrave;re silencieuse. L&rsquo;effort am&eacute;ricain visant &agrave; encourager une soci&eacute;t&eacute; civile, bas&eacute;e sur de nouvelles classes moyennes repr&eacute;sentant le relais de ses valeurs, s&rsquo;inscrit ainsi dans une approche &agrave; long terme, prtag&eacute;e par l&rsquo;intelligentsia du CFR et par ceux qui continuent de penser que l&rsquo;Am&eacute;rique a une mission naturelle &agrave; civiliser le monde, les &laquo; globalistes &raquo; et les n&eacute;o-conservateurs. L&rsquo;approche n&rsquo;est pas sans risques quand elle tend &agrave; projeter sur ces &eacute;v&eacute;nements une interpr&eacute;tation parfois &eacute;trangement &eacute;loign&eacute;e des aspirations des hommes et des femmes de la rue. Le Moyen Orient est devenu un laboratoire r&eacute;volutionnaire d&rsquo;un genre nouveau. Comme l&rsquo;avait dit un jour Daniel L. Goldy, &agrave; la t&ecirc;te du programme du Mutual Security Agency : &laquo; Nous, les Am&eacute;ricains et non pas les Communistes, sommes les vrais r&eacute;volutionnaires du Monde (&hellip;) Nous d&eacute;montrons que la s&eacute;curit&eacute; et la libert&eacute; peuvent &ecirc;tre atteintes ensemble&raquo; (29 juin 1951).\n<\/p>\n<h3 class=\"rouge\">\n\t<span style=\"color:#CF1930;\"><span>Pour en savoir plus<\/span><\/span><br \/>\n<\/h3>\n<p>\n\tNJ Cull, &laquo; Public diplomacy: Taxonomies and histories &raquo; in The Annals of the American Academy of Political and Social Science, 616 (2008).\n<\/p>\n<p>\n\tDizard, Wilson P Jr, Inventing Public Diplomacy: The Story of the U.S. Information Agency (2004).\n<\/p>\n<p>\n\tFulton, Barry, Reinventing Diplomacy in the Information Age (CSIS Panel Reports) (1998).\n<\/p>\n<p>\n\tHearden, Patrick J, Architects of Globalism: Building a New World Order During World War Two (2002).\n<\/p>\n<p>\n\tKenneth A. Osgood and Brian C. Etheridge (ed.), The United States and Public Diplomacy, New directions in cultural and international history, Boston, Martinus Nijhoff, 2010-12-09\n<\/p>\n<p>\n\tLaville, Helen, and Hugh Wilford, The Us Government, Citizen Groups and the Cold War: The State-Private Network (Studies in Intelligence) (2006).\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t<span>Disclaimer: The views expressed in this paper are those of the author alone and do not necessarily reflect the opinion of the Foundation.<\/span>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t<em><span style=\"font-size:12px;\">Mise &agrave; jour le Lundi, 04 Avril 2011 15:12 <\/span><\/em>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"excerpt\">&eacute;r&ocirc;me Gygax Fondation Pierre du Bois pour l&#39;histoire du temps pr&eacute;sent Research Fellow Columbia University &nbsp; Papiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective Fondation Pierre du Bois April 2011, No 5\/ 2011 &nbsp; Read, save or print the pdf version of this article. Les r&eacute;volutions qui &eacute;branlent les assises des r&eacute;gimes autocratiques du Proche Orient d&eacute;montrent la pertinence du concept de&hellip; <a href=\"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/les-printemps-arabes-et-leurs-enjeux-perspectives-sur-la-diplomatie-americaine\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":28,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4844","page","type-page","status-publish","hentry","xfolkentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4844","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4844"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4844\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8430,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4844\/revisions\/8430"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}