{"id":4839,"date":"2015-05-07T08:10:44","date_gmt":"2015-05-07T08:10:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/?page_id=4839"},"modified":"2017-02-13T10:44:38","modified_gmt":"2017-02-13T10:44:38","slug":"liran-entre-glaciation-politique-et-printemps-arabe","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/liran-entre-glaciation-politique-et-printemps-arabe\/","title":{"rendered":"L\u2019Iran : entre glaciation politique et printemps arabe"},"content":{"rendered":"<div>\n\tCl&eacute;ment Therme*<span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"FR\"> <\/span><\/span><\/span>\n<\/div>\n<div>\n\tMembre associ&eacute; au Centre d&#39;Analyse et d&#39;Intervention Sociologique (CADIS) de l&#39;Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris.\n<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<p style=\"color:#CF1930; text-align: right;\">\n\t<span><span><strong>P<\/strong><\/span><span class=\"rouge\"><strong>apiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective<br \/>\n\tFondation Pierre du Bois<br \/>\n\tOctober 2011, No 7\/ 2011<\/strong><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\t<span class=\"rouge\"><span style=\"color:#CF1930;\">Read, save or print the <\/span><a href=\"http:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/wp-content\/uploads\/2009\/05\/no7_2011_iran.pdf\" target=\"_blank\"><span style=\"color:#CF1930;\">pdf<\/span><\/a><span style=\"color:#CF1930;\"> version of this article. <\/span><\/span>\n<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\tLes demandes d&eacute;mocratiques exprim&eacute;es lors du printemps iranien de juin 2009 n&rsquo;ont pas connu de traduction politique tangible dans le syst&egrave;me politique de la R&eacute;publique islamique. On assiste m&ecirc;me &agrave; une r&eacute;gression des libert&eacute;s au sein de la th&eacute;ocratie islamiste. Cette contribution vise &agrave; identifier les d&eacute;fis auxquels sont confront&eacute;es les autorit&eacute;s de la R&eacute;publique islamique au lendemain de l&rsquo;&eacute;chec relatif du printemps iranien mais aussi en cons&eacute;quence de la nouvelle donne r&eacute;gionale cons&eacute;cutive au printemps arabe qui a, jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, conduit &agrave; la chute de trois r&eacute;gimes autocratiques (Egypte, Tunisie, Libye) et d&eacute;stabilis&eacute; le r&eacute;gime alaouite de Syrie, la dynastie sunnite au pouvoir &agrave; Bahre&iuml;n ainsi que le r&eacute;gime du pr&eacute;sident Saleh au Y&eacute;men.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tEn premier lieu, il est &agrave; noter que l&rsquo;influence des r&eacute;voltes arabes sur la politique interne iranienne reste relative. En effet, en Iran, &agrave; la date du d&eacute;clenchement du printemps arabe, l&rsquo;expression publique et massive de la contestation de l&rsquo;ordre islamiste exprim&eacute;e avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; circonscrite entre la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 2009 et le d&eacute;but de l&rsquo;ann&eacute;e 2010. Pourtant, m&ecirc;me si le r&eacute;gime affirme sa confiance face &agrave; la reconfiguration r&eacute;gionale en cours, il n&rsquo;en reste pas moins que la perte de l&eacute;gitimit&eacute; populaire de la th&eacute;ocratie islamiste est l&rsquo;un des acquis du Mouvement vert. Ce Mouvement spontan&eacute; a certes permis d&rsquo;affaiblir la l&eacute;gitimit&eacute; de la R&eacute;publique islamique, avec la mobilisation populaire de la population iranienne contre la manipulation des r&eacute;sultats des &eacute;lections pr&eacute;sidentielles de juin 2009 ; pourtant, il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;en raison notamment de l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de ses dirigeants politiques, Mir Hossein Moussavi (ancien premier ministre), Mehdi Karroubi (ancien pr&eacute;sident du majles [parlement]) et Mohammad-Khatami (ancien pr&eacute;sident), qui ne souhaitaient pas le renversement de la th&eacute;ocratie islamique, le Mouvement vert n&rsquo;a pas eu la capacit&eacute; d&rsquo;imposer une r&eacute;forme, m&ecirc;me limit&eacute;e, des institutions de la R&eacute;publique islamique.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tSa principale victoire demeure n&eacute;anmoins d&rsquo;avoir d&eacute;l&eacute;gitim&eacute; le processus &eacute;lectoral organis&eacute; dans le cadre de la R&eacute;publique islamique. En effet, apr&egrave;s juin 2009, est-il encore possible d&rsquo;organiser des &eacute;lections l&eacute;gislatives ou pr&eacute;sidentielles en Iran ? Le sociologue iranien Emad Afrough r&eacute;sume ainsi les relations qui pr&eacute;valent, &agrave; la fin de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2011, entre les &eacute;lites politiques et la population :\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t<em>Il n&rsquo;existe pas de confiance mutuelle entre les &eacute;lites qui veulent d&eacute;poser leur candidature et ceux qui veulent voter. Tout semble indiquer leur faible pr&eacute;sence en raison des &eacute;v&eacute;nements qui se sont d&eacute;roul&eacute;s. A moins que l&rsquo;on dise que rien ne s&rsquo;est pass&eacute;, et m&ecirc;me s&rsquo;il s&rsquo;est pass&eacute; quoi que ce soit, il ne faut pas en parler ! Les &eacute;v&eacute;nements qui se sont d&eacute;roul&eacute;s avant, au cours et apr&egrave;s les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles de 2009 doivent &ecirc;tre compens&eacute;s. Par exemple, des accusations ont &eacute;t&eacute; port&eacute;es sans pr&eacute;senter aucune preuve, ni d&rsquo;excuses. [&hellip;] Nous ne devons pas nous attendre &agrave; des changements importants lors de la neuvi&egrave;me l&eacute;gislature, car cela est du ressort de l&rsquo;&eacute;litisme. Par cons&eacute;quent, quand aucune &eacute;lite ne se pr&eacute;sente, l&rsquo;&eacute;lection se limite &agrave; un nombre restreint de personnes [&hellip;]. Au cours des troubles et des affrontements survenus durant ces derni&egrave;res ann&eacute;es, le c&ocirc;t&eacute; dur du r&eacute;gime a pris le dessus sur son c&ocirc;t&eacute; cl&eacute;ment, et malheureusement les anciens conflits entre les diff&eacute;rentes factions ainsi que les interpr&eacute;tations erron&eacute;es des &eacute;v&eacute;nements ont aggrav&eacute; la situation. L&rsquo;amnistie accord&eacute;e aux prisonniers politiques est un pas positif [&hellip;] Cela contribue &agrave; consolider la l&eacute;gitimit&eacute; de la R&eacute;publique Islamique, &agrave; promouvoir la confiance publique [ayant &eacute;t&eacute; fragilis&eacute;e] et &agrave; renforcer l&rsquo;unit&eacute; [&hellip;] Ces mesures positives ont fait na&icirc;tre une lueur d&rsquo;espoir. <\/em>(1)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tEn m&ecirc;me temps que le Guide amnistie certains membres du courant d&eacute;viationniste (les proches d&rsquo;Ahmadinejad qui sont partisans d&rsquo;un aggiornamento id&eacute;ologique du r&eacute;gime vers plus de nationalisme) ou les r&eacute;formistes ayant soutenu le mouvement vert de 2009, l&rsquo;Etat islamiste accro&icirc;t la r&eacute;pression contre les mouvements ethniques qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des kurdes du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan, une &eacute;manation du PKK) ou des az&eacute;ris protestant contre l&rsquo;ass&egrave;chement du lac d&rsquo;Orumiyeh. Enfin, pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2011, la focalisation des autorit&eacute;s contre la multiplication des batailles d&rsquo;eau d&eacute;montre une nouvelle fois le d&eacute;calage entre les garants de l&rsquo;ordre moral islamiste et les demandes de libert&eacute; de la jeunesse. Pour justifier son puritanisme et son interdiction des batailles d&rsquo;eau, le pouvoir islamiste les qualifie de &laquo; pr&eacute;texte &raquo; pour commettre des &laquo; actes immoraux &raquo; &laquo; contre la charia &raquo;, en pr&eacute;cisant que ces batailles d&rsquo;eau sont &laquo; diligent&eacute;es depuis l&rsquo;&eacute;tranger &raquo;.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tCe regain de tensions au sein de la R&eacute;publique islamique s&rsquo;inscrit dans un contexte r&eacute;gional o&ugrave; les populations opposent un d&eacute;fi de contestation de la dimension autocratique des Etats, sans pr&eacute;c&eacute;dent au Moyen-Orient. Pourtant, la R&eacute;publique islamique, malgr&eacute; le durcissement du r&eacute;gime &eacute;voqu&eacute; ci-dessus, demeure un syst&egrave;me politique plus subtil que la dictature de Ben Ali ou de Moubarak. Cette subtilit&eacute; recouvre notamment la capacit&eacute; des &eacute;lites &agrave; maintenir une semi-opposition &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du syst&egrave;me (nezam), malgr&eacute; les vagues de purges des anti-r&eacute;volutionnaires depuis la r&eacute;volution islamique de 1979. En d&eacute;pit de cet avantage comparatif du r&eacute;gime iranien, force est de constater que, si l&rsquo;expression publique des m&eacute;contentements d&rsquo;une partie de la population est aujourd&rsquo;hui contenue, les facteurs d&eacute;clencheurs du printemps iranien de juin 2009 demeurent et pourraient, in fine, ressurgir sous la forme d&rsquo;une contestation massive de l&rsquo;ordre islamiste ou d&rsquo;un mouvement non-violent pour les droits civiques et s&rsquo;inscrivant dans la dur&eacute;e. Apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;chec relatif du printemps de 2009, les &eacute;lites politiques doivent relever les d&eacute;fis suivants :\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t(a)&nbsp;&nbsp; &nbsp;Eviter l&rsquo;implosion avec une exacerbation des querelles politiques internes\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tLe syst&egrave;me politique a connu une crise de l&eacute;gitimit&eacute; de plusieurs mois mais en raison d&rsquo;une organisation efficace et d&rsquo;une retenue certaine dans l&rsquo;exercice de la r&eacute;pression des contestataires de la th&eacute;ocratie islamiste, le Guide et le pr&eacute;sident sont parvenus, en quelques mois, &agrave; juguler l&rsquo;expression publique des m&eacute;contentements, mais, ce retour au calme s&rsquo;est effectu&eacute; au prix d&rsquo;une fragmentation accrue des &eacute;lites politiques. En particulier, les m&eacute;dias iraniens se montrent de plus en plus critiques face &agrave; l&rsquo;action politique du pr&eacute;sident. De plus, la t&eacute;l&eacute;vision nationale ne diffuse plus en int&eacute;gralit&eacute; les discours pr&eacute;sidentiels mais seulement des extraits. A titre d&rsquo;illustration, l&rsquo;Iranian News Network Channel (IRINN) n&rsquo;a diffus&eacute; qu&rsquo;un extrait du discours pr&eacute;sidentiel du 25 juillet 2011. M&ecirc;me les journaux soutenant le gouvernement, tels qu&rsquo;Iran et Vatan-e Emruz, n&rsquo;ont pas trait&eacute; des d&eacute;clarations pr&eacute;sidentielles en premi&egrave;re page. Cette pression exerc&eacute;e par le haut sur l&rsquo;ambitieux pr&eacute;sident s&rsquo;explique d&rsquo;abord par l&rsquo;objectif du clerg&eacute; officiel qui est d&rsquo;&eacute;viter une d&eacute;rive id&eacute;ologique ultranationaliste au sein des &eacute;lites politiques ; avec, plus particuli&egrave;rement, la crainte du clerg&eacute; officiel de voir les partisans d&rsquo;Ahmadinejad se poser en alternative &agrave; l&rsquo;islamisme khomeyniste.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tDans ces derniers discours, Ahmadinejad &eacute;voque en priorit&eacute; les th&eacute;matiques de politique interne, et plus encore, le d&eacute;fi de l&rsquo;am&eacute;lioration de la situation &eacute;conomique du pays. La politique ext&eacute;rieure n&rsquo;occupe qu&rsquo;une place de deuxi&egrave;me ordre m&ecirc;me s&rsquo;il affiche d&eacute;sormais ouvertement sa conviction de la n&eacute;cessit&eacute; pour l&rsquo;Iran de sortir de l&rsquo;isolement :\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t<em>It is impossible for a nation to build a wall around itself. It is impossible. We still remember the former Soviet Union. Could it safeguard itself? [No,] it collapsed. (&hellip;) We cannot close doors and say we have nothing to do with the rest of the world and let others rule the world the way they like it. It is not possible.<\/em>\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tCette prise de position confirme qu&rsquo;Ahmadinejad souhaite une politique &eacute;trang&egrave;re plus ouverte mais que ses opposants sur la sc&egrave;ne politique int&eacute;rieure l&rsquo;en emp&ecirc;chent. Il estime &eacute;galement que la priorit&eacute; sur la sc&egrave;ne politique interne doit &ecirc;tre donn&eacute;e &agrave; la r&eacute;forme, qu&rsquo;il comprend comme une n&eacute;cessit&eacute; &eacute;conomique sans contenu politique. La question de l&rsquo;organisation des prochaines &eacute;lections l&eacute;gislatives, qui se tiendront en 2012, reste l&rsquo;une des priorit&eacute;s des dirigeants iraniens. L&rsquo;ayatollah Haeri-Shirazi a ainsi affirm&eacute;: &laquo; Notre pr&eacute;occupation pour les &eacute;lections du neuvi&egrave;me parlement ne concerne pas seulement l&rsquo;unit&eacute; des fondamentalistes. L&rsquo;une de nos inqui&eacute;tudes principales est que la majorit&eacute; de la population (au moins entre 50 et 60% de la population) participe &agrave; ces &eacute;lections &raquo;. Il s&rsquo;est aussi prononc&eacute; en faveur de la participation des r&eacute;formateurs qui n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; condamn&eacute;s par le syst&egrave;me car il n&rsquo;est pas possible, selon lui, &laquo; de priver des citoyens de leurs droits &raquo;. Cette volont&eacute; d&rsquo;une partie de l&rsquo;&eacute;lite politique de r&eacute;int&eacute;grer les r&eacute;formateurs se heurte &agrave; l&rsquo;opposition des radicaux. Ils estiment que m&ecirc;me apr&egrave;s avoir fait repentance &agrave; la suite de la tentative de s&eacute;dition (Fitna) de 2009 [il s&rsquo;agit du terme utilis&eacute; pour nommer le mouvement vert par la propagande de la R&eacute;publique islamique], leur responsabilit&eacute; ne peut &ecirc;tre absoute aussi rapidement.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tPar ailleurs, ces querelles politiques touchent aussi l&rsquo;organisation de la politique &eacute;trang&egrave;re avec la tentative d&rsquo;Ahmadinejad de mettre en avant ses propres r&eacute;seaux en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re. Ces services parall&egrave;les seraient en fait les Conseillers du pr&eacute;sident ou la vice-pr&eacute;sidence en charge des affaires internationales. Les pressions des opposants conservateurs au pr&eacute;sident se sont accrues ces derniers mois sur la personnalit&eacute; controvers&eacute;e de Rahim-Mashai. Elles visent la confirmation de la mainmise du Guide sur le parlement et sa volont&eacute; de faire comprendre &agrave; Ahmadinejad que dans le syst&egrave;me de la R&eacute;publique islamique, l&rsquo;autonomie du pr&eacute;sident est proportionnelle &agrave; sa loyaut&eacute; vis-&agrave;-vis du Guide.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t(b)&nbsp;&nbsp; &nbsp;La d&eacute;nonciation de la guerre douce (jang-e narm)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tCette d&eacute;nonciation de la main de l&rsquo;Occident s&rsquo;inscrit &agrave; la fois dans la continuit&eacute; de l&rsquo;h&eacute;ritage id&eacute;ologique khomeyniste qui faisait une part significative aux &laquo; complots de l&rsquo;Occident &raquo; vis-&agrave;-vis du monde musulman et dans le cadre conceptuel des &laquo; r&eacute;volutions color&eacute;es &raquo; qui ont touch&eacute; l&rsquo;ancien espace sovi&eacute;tique apr&egrave;s la fin de la guerre froide. L&rsquo;importance qu&rsquo;accordent les autorit&eacute;s iraniennes &agrave; ce combat se traduit par des d&eacute;clarations incessantes des dirigeants iraniens sur le r&ocirc;le de l&rsquo;Occident dans les tensions internes au pays, une tendance qui s&rsquo;est renforc&eacute;e depuis l&rsquo;&eacute;mergence du mouvement vert en juin 2009. A titre d&rsquo;illustration, on peut citer les d&eacute;clarations de l&rsquo;ayatollah Hossein Mazaheri, prof&eacute;r&eacute;es dans les sermons de la pri&egrave;re de la fin du mois de ramadan &agrave; Ispahan : &laquo; [les programmes diffus&eacute;s par] satellite sont plus dangereux que la bombe atomique [&hellip;] l&rsquo;ennemi m&egrave;ne une guerre douce contre la R&eacute;publique Islamique d&rsquo;Iran via ces programmes &raquo;. (2)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tDans le cadre de la r&eacute;sistance face &agrave; la &laquo; guerre douce &raquo; occidentale, le 16 avril 2011, Ali Aghamohammadi, vice-ministre du premier vice-pr&eacute;sident de la R&eacute;publique pour la supervision et la coordination des affaires &eacute;conomiques, a annonc&eacute; la prochaine mise en &oelig;uvre, en Iran, du &laquo; premier r&eacute;seau Internet Halal, &eacute;pur&eacute; des sites immoraux &raquo; et &laquo; pouvant &ecirc;tre &eacute;tendu aux autres pays islamiques &raquo;. Ce lancement d&rsquo;un Internet islamique traduit une volont&eacute; d&rsquo;irano-islamisation du web suivant ainsi le mod&egrave;le initi&eacute; par les autorit&eacute;s russes de russification de l&rsquo;internet. Ce mod&egrave;le russe s&rsquo;articule autour de la cr&eacute;ation d&rsquo;un<br \/>\n\t\t&laquo; web souverain &raquo; (3) . Une autre similarit&eacute; se trouve dans les cyber-attaques des sites ou des blogs des opposants. L&rsquo;Iranian Cyber Army est particuli&egrave;rement active sur le web &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur et &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur des fronti&egrave;res iraniennes. Par ailleurs, si les deux pays partagent une volont&eacute; d&rsquo;affirmation culturelle, cette volont&eacute; est plut&ocirc;t culturelle et religieuse dans le cas iranien, il convient de souligner que la censure est plus pr&eacute;gnante en Iran qu&rsquo;en Russie. Dans le classement de Freedom House publi&eacute; en avril 2011, l&rsquo;Iran se classe en derni&egrave;re position des 37 pays &eacute;valu&eacute;s en fonction du degr&eacute; de libert&eacute; de l&rsquo;internet . (4) Pour ce qui rel&egrave;ve du syst&egrave;me de contr&ocirc;le, l&rsquo;internet iranien se rapproche plut&ocirc;t du mod&egrave;le chinois que de celui de Russie. T&eacute;h&eacute;ran est d&rsquo;ailleurs en train de partager ce savoir-faire avec la Syrie afin d&rsquo;aider son alli&eacute; strat&eacute;gique au Moyen-Orient &agrave; endiguer la vague de contestation populaire &agrave; laquelle l&rsquo;Etat syrien est confront&eacute;. C&rsquo;est donc sans surprise que les autorit&eacute;s iraniennes ont accus&eacute;, au lendemain du d&eacute;clenchement de la r&eacute;volte populaire en Syrie du printemps 2011, l&rsquo;Occident de mener une &laquo; guerre douce &raquo; non seulement contre l&rsquo;Iran mais aussi contre la Syrie en raison de leur positionnement anti-sioniste commun. Cette guerre douce occidentale s&rsquo;accompagne, selon les autorit&eacute;s iraniennes, d&rsquo;une campagne psychologique et de sanctions visant l&rsquo;asphyxie &eacute;conomique du pays.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t(c)&nbsp;&nbsp; &nbsp;Les d&eacute;fis &eacute;conomiques de l&rsquo;Iran\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tLe leitmotiv de la nouvelle ann&eacute;e iranienne, 1390 (mars 2011-2012), est le &laquo;djihad &eacute;conomique &raquo;. (6) L&rsquo;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente, 1389, avait &eacute;t&eacute; intitul&eacute;e par le Guide, l&rsquo;ann&eacute;e du &laquo; double effort et du double travail &raquo;. A Machhad, en mars 2011, le Guide a soulign&eacute; les r&eacute;sultats obtenus en particulier dans les domaines des sciences et du d&eacute;veloppement &eacute;conomique . Il a salu&eacute; la r&eacute;ussite du gouvernement dans la mise en &oelig;uvre du plan de r&eacute;formes des subventions cibl&eacute;es en insistant sur le consensus national et le soutien populaire &agrave; cette r&eacute;forme :\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tAs regards the problem of targeted subsidies, it is important for our dear nation to know that all economic experts, who have economic views similar to those of the incumbent government and those who have different views, all agree that targeted subsidies are necessary. It is a very basic and profitable plan. This was one of the demands the government was to satisfy. It is very difficult work. Entering this field needs hard work. Foundations were not ready, but, God be praised, it has been launched. Cooperation between the nation and government was indeed great. I mean the movement of people in the direction of targeted subsidies was a great move.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tIl a par ailleurs mis l&rsquo;accent sur le n&eacute;cessaire &laquo; esprit de djihad &raquo; qui doit guider les Iraniens pendant la nouvelle ann&eacute;e ; cet esprit devrait permettre de renforcer le d&eacute;veloppement &eacute;conomique du pays. S&rsquo;agissant des disputes politiques, il les a qualifi&eacute;es d&rsquo; &laquo; insignifiantes &raquo; et il a &eacute;mis le souhait que ces derni&egrave;res restent dans le domaine de la sph&egrave;re priv&eacute;e loin du regard de l&rsquo;opinion publique. Il a enfin reconnu l&rsquo;existence de &laquo; m&eacute;contentement &raquo; au sein des &eacute;lites politiques &ndash; ce qui traduit&nbsp; une prise de conscience de la gravit&eacute; des divisions internes au r&eacute;gime par les plus hauts responsables de la R&eacute;publique islamique. Il est donc apparu sur la d&eacute;fensive dans son &eacute;vocation des questions de politique int&eacute;rieure insistant plus particuli&egrave;rement sur la n&eacute;cessit&eacute; de pr&eacute;server l&rsquo;unit&eacute; nationale. La priorit&eacute; donn&eacute;e par les autorit&eacute;s &agrave; la r&eacute;forme &eacute;conomique a par ailleurs &eacute;t&eacute; salu&eacute;e par un rapport du Fonds Mon&eacute;taire International (FMI) ; ce dernier a &eacute;t&eacute; utilis&eacute;, en Iran, par les partisans du pr&eacute;sident afin de d&eacute;montrer l&rsquo;am&eacute;lioration de la situation &eacute;conomique. Toutefois, ce rapport positif du FMI&nbsp; ne masque pas les probl&egrave;mes structurels de l&rsquo;&eacute;conomie iranienne en particulier sa d&eacute;pendance par rapport aux revenus du p&eacute;trole. En 2011, le gouvernement iranien devrait, selon le FMI, accumuler 100 milliards de dollars de revenus p&eacute;troliers. Ces revenus &eacute;lev&eacute;s augurent donc d&rsquo;une capacit&eacute; du r&eacute;gime &agrave; renforcer sa base client&eacute;liste m&ecirc;me si le co&ucirc;t politique de la r&eacute;forme des subventions apport&eacute;es aux produits de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute; et &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie reste &agrave; &eacute;valuer. Alors que la r&eacute;forme entre dans sa sixi&egrave;me phase, le remplacement des subventions par un virement de 45,5 dollars reste &agrave; l&rsquo;ordre du jour pour les citoyens qui se sont inscrits aupr&egrave;s des autorit&eacute;s. Au-del&agrave; des &eacute;conomies de l&rsquo;ordre de 60 milliards de dollars escompt&eacute;es avec la r&eacute;forme dite de d&eacute;subventionnement, la premi&egrave;re cons&eacute;quence positive a &eacute;t&eacute; la chute de la consommation de gaz et de p&eacute;trole en Iran. Cet aspect est soulign&eacute; par l&rsquo;&eacute;conomiste en charge de l&rsquo;Iran au FMI, Dominique Guillaume, qui explique que cette r&eacute;forme est &laquo; d&rsquo;abord un moyen de r&eacute;duire le gaspillage des ressources &raquo; . (7)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tLe co&ucirc;t politique de la r&eacute;forme &eacute;conomique pour le gouvernement d&rsquo;Ahmadinejad pourrait &ecirc;tre &eacute;lev&eacute; en raison de la conjoncture internationale. Les effets des r&eacute;formes du pr&eacute;sident se conjuguent avec l&rsquo;effet inflationniste des sanctions internationales ; ainsi, l&rsquo;inflation atteint d&eacute;sormais un taux de l&rsquo;ordre de 20%. L&rsquo;augmentation du prix du gaz a aussi conduit le pr&eacute;sident &agrave; &eacute;tablir une nouvelle grille de prix en fonction des saisons. Pendant les six &laquo; mois froids &raquo;, les citoyens auront droit &agrave; un prix inf&eacute;rieur.(8)&nbsp; Ces mesures visent &agrave; r&eacute;duire l&rsquo;augmentation brutale des factures de gaz qui avait provoqu&eacute; la col&egrave;re d&rsquo;une partie significative des consommateurs en avril 2011. Certains sont all&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; laisser leurs factures devant les bureaux de la compagnie de gaz. D&rsquo;autres citoyens ont choisi de les jeter &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du mausol&eacute;e de l&rsquo;Imam Khomeyni dans le Sud de T&eacute;h&eacute;ran ; la tradition chiite veut que les croyants d&eacute;posent de l&rsquo;argent pour honorer &laquo; l&rsquo;imam &raquo; ; aussi, d&eacute;poser sa facture de gaz constitue une insulte au fondateur de la R&eacute;publique islamique dont l&rsquo;une des promesses &eacute;tait de subventionner les prix du gaz . (9)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tA Khani Abad, un quartier pauvre de T&eacute;h&eacute;ran, de nombreux habitants ont arr&ecirc;t&eacute; de payer leurs factures de gaz et d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; en raison des augmentations brutales. Un habitant a ainsi d&eacute;clar&eacute; : &ldquo;We are not going to pay! How does the government expect us to pay a $220 electricity bill when our retirement salary is $880?&rdquo; (10)&nbsp; Ce refus de certains habitants n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; remis en cause par la proposition des autorit&eacute;s de mensualiser les factures qui sont actuellement bimensuelles. De plus, les repr&eacute;sentants de l&rsquo;industrie se plaignent que les 20 &agrave; 30% que l&rsquo;Etat s&rsquo;&eacute;tait engag&eacute; &agrave; reverser aux entreprises pour compenser les augmentations des tarifs de l&rsquo;&eacute;nergie ne l&rsquo;ont &eacute;t&eacute; que tr&egrave;s partiellement. Enfin, la presse iranienne se fait r&eacute;guli&egrave;rement l&rsquo;&eacute;cho de manifestations d&rsquo;ouvriers pour protester contre le non-paiement des salaires. Par exemple, Jomhouri eslami (27 juillet 2011) se fait l&rsquo;&eacute;cho du rassemblement des ouvriers de l&rsquo;usine de textile de Mazand&eacute;ran devant le Gouvernorat G&eacute;n&eacute;ral de la province pour demander le paiement de leur salaire, impay&eacute; depuis 13 mois.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tS&rsquo;agissant des sanctions internationales, dans une &eacute;tude publi&eacute;e par le think tank Carnegie, il appara&icirc;t clairement que les Emirats Arabes Unis continuent de jouer un r&ocirc;le primordial en tant que poumon &eacute;conomique et financier de la R&eacute;publique islamique. Ainsi l&rsquo;Iran reste le second march&eacute; pour les r&eacute;exportations de Duba&iuml; en 2010 avec 8,581 milliards de dollars (16,96% du total) derri&egrave;re l&rsquo;Inde (14,224 milliards de dollars soit 28,11% du total) . (11)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tPar ailleurs, en Iran, les difficult&eacute;s des investisseurs &eacute;trangers sont li&eacute;es &agrave; l&rsquo;instrumentalisation des accords commerciaux avec des entreprises &eacute;trang&egrave;res dans les querelles politiques internes. Ces difficult&eacute;s &eacute;conomiques internes sont donc &agrave; la fois la cons&eacute;quence des sanctions internationales et am&eacute;ricaines mais aussi le r&eacute;sultat de la mauvaise gestion &eacute;conomique du pays par les &eacute;lites politiques. Ces faiblesses &eacute;conomiques sont depuis plus de trente-deux ans contrebalanc&eacute;es par la gestion client&eacute;liste de la rente p&eacute;troli&egrave;re, qui demeure, jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, le principal atout du r&eacute;gime pour &eacute;teindre les foyers de m&eacute;contentements qui &eacute;mergent au niveau local ou au sein d&rsquo;une cat&eacute;gorie socio-professionnelle. Dans cet Iran o&ugrave; s&rsquo;exerce de nouveau l&rsquo;ordre islamiste, les r&eacute;voltes arabes ont &eacute;t&eacute;, sans surprise, int&eacute;gr&eacute;es au logiciel id&eacute;ologique du r&eacute;gime.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t(d)&nbsp;&nbsp; &nbsp;L&rsquo;Iran face &agrave; la reconfiguration r&eacute;gionale\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tLa position officielle de T&eacute;h&eacute;ran face au printemps arabe est de faire entrer les contestations populaires aux r&eacute;gimes autocratiques arabes dans un cadre d&rsquo;analyse privil&eacute;giant a priori l&rsquo;hypoth&egrave;se de l&rsquo;imminence d&rsquo;un grand soir islamiste au Moyen-Orient. Cet id&eacute;al r&eacute;volutionnaire en politique &eacute;trang&egrave;re s&rsquo;inscrit pleinement dans l&rsquo;id&eacute;ologie khomeyniste qui donne sa coh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;&eacute;difice institutionnel de la R&eacute;publique islamique. Mais, au-del&agrave; de cet horizon id&eacute;ologique, la diplomatie khomeyniste a aussi sa dimension de realpolitik, en t&eacute;moigne la prise de contact, &agrave; la fin de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2011, entre les diplomates iraniens et des opposants syriens. La vision id&eacute;ologis&eacute;e par la R&eacute;publique islamique du printemps arabe est explicit&eacute;e par l&rsquo;Ayatollah Mahmoud Hachemi Shahroudi, un membre de l&rsquo;Assembl&eacute;e des Experts :\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t<em>Concernant le r&eacute;veil islamique, la R&eacute;publique Islamique d&rsquo;Iran n&rsquo;a eu qu&rsquo;un r&ocirc;le id&eacute;ologique et strat&eacute;gique dans la r&eacute;gion africaine [&hellip;] La pr&eacute;sence de la Turquie a &eacute;t&eacute; plus importante, ce qui est en faveur de l&rsquo;islam lib&eacute;ral, pas de l&rsquo;islam r&eacute;volutionnaire [&hellip;] Nous ne devons plus nous occuper des conflits internes ; nous avons des probl&egrave;mes avec l&rsquo;arrogance mondiale : Les Etats-Unis et l&rsquo;Europe. Aujourd&rsquo;hui, notre but est de r&eacute;pandre l&rsquo;islam dans le monde entier .<\/em> (12)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tPlus prosa&iuml;quement, le printemps arabe constitue &agrave; la fois une opportunit&eacute; pour la R&eacute;publique islamique (d&eacute;tournement de l&rsquo;attention internationale du programme nucl&eacute;aire de T&eacute;h&eacute;ran) et une menace en raison de la reconfiguration r&eacute;gionale qui fragilise son alli&eacute; syrien. Enfin, l&rsquo;Iran est redevenu l&rsquo;accus&eacute; principal des r&eacute;gimes du golfe Persique qui voient la main de l&rsquo;&eacute;tranger dans les troubles internes que traversent les monarchies de la r&eacute;gion. On assiste actuellement &agrave; la constitution d&rsquo;une sorte de Sainte Alliance sur le mod&egrave;le de celle qui pr&eacute;valait dans l&rsquo;Europe du XIXe si&egrave;cle. Cette Sainte Alliance entre les monarchies du Golfe se constitue autour de l&rsquo;Arabie Saoudite. Son fondement id&eacute;ologique r&eacute;side dans son opposition &agrave; la menace d&eacute;mocratique transform&eacute;e ici en menace iranienne. Ce sont les manifestations violentes aux fronti&egrave;res de l&rsquo;Arabie saoudite, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du Bahre&iuml;n ou du Y&eacute;men qui ont pouss&eacute; les autorit&eacute;s saoudiennes &agrave; organiser la contre-r&eacute;volution au niveau r&eacute;gional. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il faut comprendre la proposition du Conseil de Coop&eacute;ration du Golfe d&rsquo;int&eacute;grer la Jordanie et le Maroc, qui ne sont pourtant pas des pays producteurs de p&eacute;trole, dans leur alliance r&eacute;gionale. Cette campagne id&eacute;ologique saoudienne s&rsquo;est accompagn&eacute;e de la d&eacute;nonciation sans rel&acirc;che des interf&eacute;rences iraniennes dans la p&eacute;ninsule arabique comme si les mouvements de contestation populaire de r&eacute;gimes autocratiques avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;clench&eacute;s par T&eacute;h&eacute;ran.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tSelon la grille de lecture de la R&eacute;publique islamique, la contre-r&eacute;volution conduite par l&rsquo;Arabie Saoudite au Moyen-Orient et soutenue par Washington, est une opportunit&eacute; &agrave; saisir pour renforcer le soft power du pays et d&eacute;noncer le double standard occidental en mati&egrave;re de droits de l&rsquo;homme et de d&eacute;mocratie. Cette accusation de la propagande iranienne ne donne pas pour autant une consistance intellectuelle &agrave; la th&eacute;orie du &laquo; r&eacute;veil islamique &raquo; promue par T&eacute;h&eacute;ran pour expliquer le printemps arabe. En effet, att&eacute;nuer la port&eacute;e de la r&eacute;volte syrienne et soutenir la r&eacute;volte au Bahre&iuml;n r&eacute;v&egrave;lent &eacute;galement l&rsquo;existence d&rsquo;un double standard iranien dans la r&eacute;gion.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tLa rivalit&eacute; accrue avec l&rsquo;Arabie Saoudite a aussi pour cons&eacute;quence de compliquer la sortie de crise en Afghanistan. En effet, alors que le retrait des forces de l&rsquo;OTAN est annonc&eacute; pour 2014, la volont&eacute; des Etats-Unis de maintenir six bases militaires permanentes sur le territoire afghan suscite la vive opposition de la Russie, de la Chine, de l&rsquo;Inde, du Pakistan mais aussi et surtout de l&rsquo;Iran qui per&ccedil;oit cette pr&eacute;sence militaire potentielle comme une menace. Plus encore, l&rsquo;accroissement des tensions entre T&eacute;h&eacute;ran et Ryad &agrave; propos des r&eacute;voltes arabes risque de provoquer un raidissement de la position saoudienne vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Afghanistan et du Pakistan. L&rsquo;Arabie va probablement chercher &agrave; conserver le bloc Afghanistan-Pakistan dans son camp afin de contrebalancer le soutien iranien aux soul&egrave;vements chiites dans son arri&egrave;re-cour, en particulier au Bahre&iuml;n .(13)\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;Etat th&eacute;ocratique est parvenu &agrave; contenir les m&eacute;contentements populaires et les demandes de libert&eacute; de la population en r&eacute;ussissant &agrave; segmenter les m&eacute;contentements par cat&eacute;gories socio-professionnelles (les professeurs, les ouvriers ou encore les employ&eacute;s du transport) ou en limitant les m&eacute;contentements &agrave; une dimension ethnique (az&eacute;ri ou baloutche par exemple) tout en emp&ecirc;chant la rencontre entre les revendications des &eacute;tudiants avec celles des travailleurs. La derni&egrave;re expression publique de m&eacute;contentement autour de la question d&rsquo;Orumiyeh &agrave; la fin de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2011 r&eacute;unit des facteurs environnementalistes et ethniques az&eacute;ris. D&rsquo;une part, le d&eacute;blocage de financement exceptionnel semble une nouvelle fois la ligne privil&eacute;gi&eacute;e par les &eacute;lites politique afin d&rsquo;&eacute;teindre ce foyer de<br \/>\n\t\tcrise. (14) D&rsquo;autre part, si les autorit&eacute;s iraniennes accusent les Etats-Unis de vouloir d&eacute;stabiliser le pays par la p&eacute;riph&eacute;rie (en soutenant des groupes d&rsquo;opposition az&eacute;ris, kurdes ou baloutches), le pouvoir central a jusqu&rsquo;&agrave; maintenant eu la capacit&eacute; de ma&icirc;triser les d&eacute;fis ethniques &agrave; son autorit&eacute;.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tPlus largement, le printemps arabe a confirm&eacute; ce que le printemps iranien de 2009 avait d&eacute;j&agrave; illustr&eacute; : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;activisme d&eacute;mocratique de la politique &eacute;trang&egrave;re am&eacute;ricaine qui a permis l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;une contestation populaire des pouvoirs autoritaires mais plut&ocirc;t la fin des n&eacute;oconservateurs et de leur politique d&rsquo;imposition par la force de la d&eacute;mocratie depuis l&rsquo;ext&eacute;rieur qui a permis l&rsquo;expression soudaine des m&eacute;contentements, en Iran, en 2009, et dans les pays arabes &agrave; partir de la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 2010. Cette prise de conscience par les Etats-Unis des limites inh&eacute;rentes &agrave; leur capacit&eacute; d&rsquo;imposer la d&eacute;mocratie au Moyen-Orient n&rsquo;a n&eacute;anmoins pas permis de r&eacute;tablir la position h&eacute;g&eacute;monique de Washington dans la r&eacute;gion : les campagnes militaires d&rsquo;Afghanistan, d&rsquo;Irak et les interventions cibl&eacute;es au Pakistan ont durablement entam&eacute; le cr&eacute;dit d&eacute;mocratique de l&rsquo;Am&eacute;rique. Paradoxalement, en Iran, c&rsquo;est largement en raison de l&rsquo;anti-am&eacute;ricanisme des autorit&eacute;s th&eacute;ocratiques de T&eacute;h&eacute;ran que les Etats-Unis b&eacute;n&eacute;ficient d&rsquo;une image moins n&eacute;gative que dans le reste de la r&eacute;gion. Cette dynamique s&rsquo;explique surtout par l&rsquo;impopularit&eacute; des autorit&eacute;s qui d&eacute;noncent les Etats-Unis sans nuance dans le cadre d&rsquo;une propagande d&rsquo;Etat dont l&rsquo;absence de cr&eacute;dibilit&eacute; n&rsquo;a d&rsquo;&eacute;gal que le degr&eacute; de manipulation de l&rsquo;information, qui s&rsquo;est encore accru, depuis l&rsquo;&eacute;mergence spontan&eacute;e des m&eacute;contentements populaires apr&egrave;s les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles de juin 2009.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tSi &agrave; l&rsquo;expression publique du m&eacute;contentement et au d&eacute;fi populaire &agrave; l&rsquo;ordre islamiste se sont substitu&eacute;es l&rsquo;apathie et la crainte de la r&eacute;pression au sein de la soci&eacute;t&eacute; iranienne, la R&eacute;publique islamique ne pourra pas se soustraire &agrave; une refonte id&eacute;ologique &ndash; qui reste difficile sans envisager l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;un changement complet de nature du syst&egrave;me politique de la R&eacute;publique islamique. En effet, le logiciel id&eacute;ologique des &eacute;lites politiques au pouvoir &agrave; T&eacute;h&eacute;ran s&rsquo;&eacute;loigne de plus en plus des aspirations d&eacute;mocratiques d&rsquo;une partie croissante de la population. En conclusion, si le printemps arabe n&rsquo;a pas v&eacute;ritablement touch&eacute; l&rsquo;Iran, pour autant les &eacute;lites politiques ne pourront pas ind&eacute;finiment perp&eacute;tuer l&rsquo;ordre islamiste instaur&eacute; en 1979.\n\t<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;\n\t<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\">\n\t* M. Therme vient d&rsquo;obtenir une th&egrave;se en relations internationales,<br \/>\n\tavec une sp&eacute;cialit&eacute; en Histoire et politique internationales, de<br \/>\n\tl&rsquo;Institut de hautes &eacute;tudes internationales et du d&eacute;veloppement<br \/>\n\t(IHEID) et une th&egrave;se en sociologie de l&rsquo;EHESS avec les f&eacute;licitations<br \/>\n\tdu jury. Il est d&eacute;sormais membre associ&eacute; au Centre d&rsquo;analyse et<br \/>\n\td&rsquo;intervention sociologique (CADIS) de l&rsquo;Ecole des hautes &eacute;tudes en<br \/>\n\tsciences sociales (EHESS).<br \/>\n\tUn extrait de cet article est paru dans <em>le Figaro<\/em> du 26 septembre 2011\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t___________________________________________________________________________________\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t<span>1. &laquo; Il faut consoler les &eacute;lites &raquo;, Mellat Ma, 6 septembre 2011.<br \/>\n\t2. Arman, 3 septembre 2001.<br \/>\n\t3. Julien Nocetti, &laquo; &ldquo;e-Kremlin&rdquo;: pouvoir et internet en Russie &raquo;, Russie NEI Vision, No. 59, IFRI, Avril 2011. &nbsp;<br \/>\n\t4. &ldquo;Freedom on the Net 2011. A global assessment of internet and global media&rdquo;, Freedom House, 18 April 2011, http:\/\/www.freedomhouse.org\/uploads\/fotn\/2011\/FOTN2011.pdf (consult&eacute; le 7 septembre 2011).<br \/>\n\t5. Voir le discours de Nowrouz du Guide Khamenei &agrave; Machhad, le 21 mars 2011.<br \/>\n\t6. &ldquo;Statement by IMF Article IV Mission to the Islamic Republic of Iran&rdquo;, Press Release No. 11\/228, 13 June 2011. &nbsp;<br \/>\n\t7.&nbsp; Jay Salomon, Farnaz Fassihi, &ldquo;Iran Redistributes Wealth in Bid to Fight Sanctions&rdquo;, The Wall Street Journal, 27 July 2011.<br \/>\n\t8.&nbsp; &ldquo;Director says Iran&#39;s state gas company will pay off 40m dollar debt to consumers&rdquo;, Voice of the Islamic Republic of Iran, Tehran, in Persian, 26 July 2011.<br \/>\n\t9. Arash Aramesh, &ldquo;Gas Price Surge Angers Iranians&rdquo;, InsideIRAN, 18 April 2011.<br \/>\n\t10.&nbsp; D&eacute;claration cit&eacute;e par Jay Salomon, Farnaz Fassihi, op. cit.<br \/>\n\t11.&nbsp; Karim Sadjadpour, &ldquo;The Battle of Dubai: The United Arab Emirates and the U.S.-Iran Cold War&rdquo;, The Carnegie Papers, July 2011, p. 13.<br \/>\n\t12. D&eacute;clarations cit&eacute;es par Sharq, 25 ao&ucirc;t 2011.<br \/>\n\t13.&nbsp; Ahmed Rashid, &ldquo;How US intends to end war with Taliban&rdquo;, Financial Times, 18 April 2011.<br \/>\n\t14. Pour plus de d&eacute;tails : &ldquo;Iran allocates about 900m dollars to prevent drying up of Orumiyeh Lake&rdquo;, Vision of the Islamic Republic of Iran, Network 2, Tehran, in Persian, 4 September 2011. Access via BBC Monitoring.<\/span>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\">\n\t<span style=\"font-size:12px;\"><em>Mise &agrave; jour le Jeudi, 06 Octobre 2011 15:00 <\/em><\/span>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"excerpt\">Cl&eacute;ment Therme* Membre associ&eacute; au Centre d&#39;Analyse et d&#39;Intervention Sociologique (CADIS) de l&#39;Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris. &nbsp; Papiers d&#39;actualit&eacute;\/ Current Affairs in Perspective Fondation Pierre du Bois October 2011, No 7\/ 2011 &nbsp; Read, save or print the pdf version of this article. Les demandes d&eacute;mocratiques exprim&eacute;es lors du printemps iranien de juin 2009 n&rsquo;ont&hellip; <a href=\"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/liran-entre-glaciation-politique-et-printemps-arabe\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":26,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4839","page","type-page","status-publish","hentry","xfolkentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4839"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4839\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8422,"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4839\/revisions\/8422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.fondation-pierredubois.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}